Contrat à durée indéterminée

Publié le 24 Janvier 2012

 

Je vous jure, j’ai essayé ! La preuve, je n’en ai pas fait une seule mention ici-même : pas la moindre allusion, le petit clin d’œil… Rien, que dalle ! Je me suis tu : une manière comme une autre de conjurer le sort, de faire taire les vieux démons… En vain ! L’angoisse du CDI est insidieusement en train de me grignoter. Je mesure pleinement combien il est politiquement et socialement incorrect de dédaigner le côté indéterminé, pérenne (péren comme pourrait dire Sarko – mais dont j’ignore l’orthographe qu’il adopterait, pardon, je digresse) de l’emploi. Le chômage, la montée flippante du FN, la perte du triple A, le succès croissant de Levy et Musso… Putain, la France est sur une mauvaise pente et je me plains. C’est mal !

 

Pourtant, j’ai tenté de suivre à la lettre les 10 commandements du cdiste :

1. Ton employeur, tu remercieras.

2. Ta famille, tu préviendras.

3. Ton réseau de collègues, tu entretiendras.

4. Ta motivation, tu cultiveras.

5. Tes objectifs, tu réciteras.

6. Ton banquier, tu informeras.

7. Ton bureau, de photos personnelles tu décoreras.

8. Ton évolution de carrière, tu envisageras.

9. Tes login et mot de passe Assedic, tu jetteras.

10. Tes alertes Cadremploi, tu supprimeras.

 

J’ai fait tout ça. J’ai pratiqué la méthode Coué. J’ai même parfois été contaminée par l’enthousiasme de mes nouveaux collègues toujours prompts à me féliciter avec un sens de la formule… comment dire… Aiguisé ? Morceaux choisis :

  • "C’est tellement pas facile pour les jeunes de trouver un boulot aujourd’hui !" (Cool, je suis encore considérée comme jeune !)
  • "Vu ta situation, c’est quand même rassurant, non ?" (ma situation, qu’est-ce à dire ? Ah oui, j’ai deux mouflets en garde exclusive.)
  • "C’est génial ici, tu verras, il y a plein d’avantages : le CE, les RTT, les jours enfants malades (NDLR : et en mère célibataire avec 2 mouflets, c’est vrai que c’est le jackpot !), les jours de fractionnement (hein ??)…"
  • "Wahouuu !! Tu dois être super contente !" Euh… chais pas !
  • "Ah c’est bien, en plus tu verras souvent… (mouvement de la tête vers un bureau voisin)". Rougissement léger, néanmoins perceptible, de ma part.
  • "Je te l’avais dit : ici tu rentres en CDD, et pis tu restes 35 ans". Oh putain, j’ai peur !!!

 

Je sais, je sais, c’est pas bien de penser tout ça. Et objectivement, je n’ai pas à me plaindre. J’ai un job dont je peux valoriser le titre en société. En clair, ça peut parfois intéresser des interlocuteurs inconnus (ok, le secteur d’activité un peu moins, mais bon…). Je n’ai pas une pression de dingue (le salaire non plus d’ailleurs, logique), je ne suis pas loin de chez moi, j’ai une hiérarchie compréhensive, un accès Internet non filtré, un bureau toute seule (bon ça, je vous en recauserai peut-être mais ça ne colle pas vraiment à mon tempérament), des collègues sympa…

 

Mais bordel, ça commence à m’angoisser tout ça. Je crois qu’on peut poser définitivement le diagnostic : je suis cdiphobe… incurable. Certains pourraient y voir une incapacité à s’engager dans le travail. C’est faux ! Je peux être très performante si je veux. Et sans prétention aucune, il m’arrive d’être brillante.

Mais il est vrai que je m’emmerde très vite. La perspective d’une éternité dans le travail me fait flipper. Et ça, ça fait flipper ma mère (entre autres) qui craint que je ne me pose jamais. Il est vrai que je n’ai plus 20 ans (aïe putain, elle fait mal cette claque) et qu’à mon (grand ?) âge, il serait temps de me stabiliser (comprenez, je vais basculer dans les seniors).

Mais c’est ce que je fais ! Je me pose, je ne me barre pas sans rien derrière comme je l’aurais fait il y a quelques années encore. OK, en même temps, je suis toute seule pour payer le loyer et nourrir les mouflets, ça n’aide pas à faire sa capricieuse.

 

Mais tout de même, comment expliquer cet ennui qui me gagne si souvent lorsque j’appose ma signature en bas d’un contrat à durée indéterminée ? On pourrait se dire que je n’ai simplement pas encore trouvé ma voie, The job. J’adhère à cette hypothèse, sauf que je ne suis plus dans une situation qui me permet de la trouver cette fameuse voie.

Ou alors que je suis extrêmement douée, genre une adulte dont on n’aurait pas diagnostiqué la précocité et qui se gâche. Oh merde, c’est super arrogant !

Ou bien, je suis une éternelle insatisfaite ou immature… dans le boulot uniquement peut-être, je tiens à le préciser.

 

Heureusement, 2012 sera placée sous le signe de la maturité. Après, on verra bien quel sort je réserve aux résolutions. Je ne démissionnerai pas comme une sauvage, je vais m’accrocher, je ne vais pas faire un mouflet histoire d’avoir un congé mat’ de 23 semaines (c’est complément dément ça !). Bref, je reste ! Sur ce, je vais boire un verre !

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Quotidien

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