Candy Crush

Publié le 16 Septembre 2013

Je me souviens parfaitement du jour, ou plutôt du soir, où tout a commencé. C’était une glaciale soirée de février. Les minots dormaient depuis presque une heure : il devait être 20h51. Je ne savais pas quoi faire : mon livre du moment me passionnait moyennement, je n’avais plus de Dexter à regarder, j’étais seule à errer sur le net jonglant entre Facebook, mes mails et les sites d’actu.

Cela faisait deux mois que je résistais aux assauts répétés de certaines de mes relations virtuelles qui m’invitaient à jouer à Candy Crush Saga. Que dis-je : qui m’enjoignaient à découvrir cet univers. Je m’obstinais à supprimer systématiquement ces demandes : je pressentais le danger qui me guettait.

J’avais réussi – non sans mal – à me débarrasser de plusieurs de ces jeux à la con. Farmville (le fait d’avoir grandi à la campagne m’en a probablement très vite écœurée), Bubble et Diamonds (pour les migraines qu’ils généraient), Lexulous (une lassitude collective)… Mais à quel prix ! J’avais dû faire preuve d’une volonté, d’une force de caractère hors norme pour ne plus céder à « Allez une petite dernière et puis j’arrête ! ».

Mais ce soir-là, tout était différent. Je me sentais forte et curieuse. J’ai finalement cliqué sur la 173e notif’ Candy Crush (je tairai ici le nom de mon bourreau) et j’ai plongé… lamentablement. Enfin, lamentablement, c’est rétrospectivement que j’emploie ce terme. Parce qu’au début, c’était facile. Je n’y voyais rien de plus qu’un casse-briques amélioré qui jouait sur notre corde sensible de trentenaire : le retour à l’enfance, les bonbons, une atmosphère acidulée et un certain esprit de compétition. Ah, la joie d’avoir battu telle relation Facebook au niveau 21.

Sans le savoir, je venais de rejoindre la communauté des 45 millions de Candy Crush players.

Heureusement, j’ai vite fixé les limites. Enfin, trois limites. Ne pas publier sur mon mur Facebook que j’ai donné des vies ou atteint x niveau (il ne s’agirait pas de renvoyer l’image d’une femme passant ses journées à jouer au lieu de bosser), ne pas payer pour avancer plus vite et n’inviter personne à jouer. 162 niveaux plus tard, je m’y tiens. C’est que j’ai une ligne de conduite moi, comme diraient certains !

Pour le reste, c’est FreeStyle. J’élimine les vies engrangées le matin en arrivant au bureau, je joue sur l’IPhone (oui, j’ai téléchargé l’appli) pendant que les enfants dînent, je mendie des vies ou des déplacements supplémentaires auprès de mon réseau, je me lamente parce que je suis restée bloquée 22 jours au niveau 147, je me réjouis d’avoir 14 niveaux d’avance sur C*, j’interdis au petit d’homme de tenter sa chance sur mon niveau… Bref, je suis sans scrupule et j’assume.

Il m’est arrivé de me sentir plus bas que terre, lorsque, bloqué à un niveau particulièrement ardu, j’ai cédé aux sirènes de King (l’éditeur du jeu). Si je jouais à un autre jeu, je gagnais plus de vies. C’était un truc d’animaux perchés sur des cubes (pet je ne sais plus quoi). Mais celui-là, j’ai réussi à m’en débarrasser.

Pour Candy Crush, c’est une autre histoire : j’ai essayé pourtant. J’ai tenté de m’imposer d’autres limites : ne jamais jouer la nuit en cas d’insomnie, respecter une trêve dominicale… jusqu’à la plus excessive : supprimer l’application de Facebook. En vain, une hypocrisie, un leurre : il fallait que j’y retourne.

Et pourtant, terminer ce jeu relève d Saint Graal : il y aurait à ce jour 450 niveaux, et j’ai lu que les développeurs planchent sur des niveaux supplémentaires. Merdouille : je peine au level 162.

Et jour après jour, je mets ma piécette dans la tirelire de King qui engrangerait entre 470 et 600 000 euros par jour.

 

Allez, ce n’est pas tout ça, mais mon niveau de vie est à son maximum. J’y retourne !

 

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Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Quotidien

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