La réunion ou la mort...

Publié le 12 Décembre 2011

Avant d’en faire partie, j’avais l’impression que le monde des gens qui réunionnent avait quelque chose de fabuleux. A les entendre tous si occupés, si pressés, lancer dans un couloir : « Désolé, je file en réunion », je me plaisais à penser qu’ils devaient être importants pour être si souvent conviés à de mystérieuses "conf’ call", "bilat’", codir et autres… Et je me disais que leurs plaintes n’étaient pas si sincères… Ca, c’était avant, avant d’en être. Non que je sois devenue quelqu’un d’important ou d’irremplaçable dans mon boulot. J’ai simplement été, à mon tour, contaminée par la réunionnite aiguë. Rapide typologie de celles auxquelles j’ai pu assister.

 

La réunion plateau-repas

Celle-là, avant même d’y aller, tu sais que ça va être la galère. Comment écouter, noter, parler tout en mangeant ? Inutile d’essayer de tout concilier, tu peux pas ! Il faut choisir !

Alors, si tu es responsable du compte-rendu de la dite-réunion, tu bouffes pas. Tu poses gentiment ton plateau à tes pieds et tu fais comme si c’était une réunion classique : tu prends notes avec toute la difficulté de comprendre des interlocuteurs qui ont la bouche pleine. Attention aux approximations, voire aux contre-sens ! Gare également aux éventuels projectiles (valable pour tous les participants !).

Si tu es là en auditeur lambda, tu peux t’attaquer au repas. Il y a probablement plusieurs catégories de plateaux. Bon, le mien était dégueu : ce qui ne m’a pas empêchée d’en tirer quelques enseignements. Premièrement, se caler sur la vitesse des autres : il ne s’agit pas de passer pour la morfale de service ou la fille qui s’est crue dans un resto classouille. Deuxièmement, se souvenir de ce que tes parents t’ont appris quand t’étais môme : on ne parle pas la bouche pleine, on mange la bouche fermée, et on ne rote pas à la fin du repas (oui, même si c’était délicieux !). Troisièmement, on n’attache pas sa serviette autour du cou (on ne sait jamais, il y en a peut-être qui le font chez eux). Dernièrement, on ne finit pas la bouteille de rouge, même si elle est divine. Se rouler sous la table (de réunion) n’est pas du meilleur effet.

 

La réunion de 8h

Inutile de s’étendre sur le sujet : le créneau horaire parle de lui-même. Tous les neurones ne sont pas encore en action, les yeux sont encore gonflés, la lumière des néons est fatale. Et en hiver, la nuit te rappelle que tu serais dix mille fois mieux sous ta couette.

 

La réunion complexe

Dès les premières minutes, tu demandes ce que tu fous là. Y a-t-il eu erreur sur la personne ? Le sujet est technique, abstrait. Impossible de noter quoi que ce soit, c’est limite si les autres ne parlent pas en mandarin. Les slides projetées n’éclairent pas ta lanterne. C’est l’enfer : t’y comprends rien. Impossible d’intervenir de manière pertinente. Un peu comme à l’école, tu baisses les yeux dans l’espoir de ne croiser aucun regard à la recherche d’une quelconque approbation. Inconsciemment, tu sens parfois ta tête hocher toute seule imperceptiblement, histoire de te donner une certaine prestance. Sauf qu’au bout d’un moment, tu décroches et là, ta tête ne hoche plus, elle tombe lourdement en avant. Merde ! Tu t’endors ! Tes yeux s’affolent, tu regardes à droite à gauche un peu comme un lapin pris dans les phares d’une voiture. Pour couronner le tout : tu bailles à te décrocher la mâchoire ou pire, t’essayes de masquer le bâillement et ton menton se transforme (limite on dirait un des frères Bogdanov !!). Que les minutes te paraissent longues !!

 

La réunion corporate

Elle est circonscrite à certains sujets. Sa particularité : elle est jalonnée de termes anglais et ou d’abréviations. En gros, c’est un peu comme si Jean-Claude Van Damme était de la partie. L’intervenant (Français évidemment) ponctue son discours de mots anglais et feint de chercher l’équivalent dans sa langue maternelle : « Comment vous dites déjà en français ? ». Il utilise aussi des mots tels les "cons’" (consultant ? conseiller ? consommateur ? consul ?... mystère non élucidé à ce jour). Il trouve toujours un moyen de placer qu’il a exercé une fonction dont le titre n’est pas traduisible dans la langue de Molière.

Même si ce n’est pas son objectif, cette réunion te fait marrer. Là-aussi, il faut éviter de croiser un regard sous peine d’un fou rire, du plus mauvais effet également.

 

La réunion virtuelle

Visio ou téléphonique : mon cœur balance. Je ne sais pas encore laquelle est la plus pénible. Sans voir ton interlocuteur (au téléphone, donc), il est difficile de soutenir ton attention et ta concentration. En plus, beaucoup d’éléments extérieurs peuvent te perturber : collègues, textos, Facebook, mails perso pro, envies de café (ou pisser). Bref, sa durée ne doit pas excéder 30 minutes (et je suis large). Et lorsque la conf’ call se déroule à plusieurs, on frôle la catastrophe : cacophonie, difficulté à identifier celui qui parle, obligation de se couper la parole les uns aux autres… Et puis rien que le nom de l’appareil (une pieuvre), ça te file des frissons.

La visio, c’est encore autre chose. Tu vois donc l’autre, ou les autres, sur un écran. C’est là que tu te rends compte à quel point, souvent, les salles de réunion sont lugubres. Et en plus, tu as aussi ta propre image en retour. Quand on est à plusieurs, il est facile de trouver un angle dans lequel la caméra ne va pas, sinon, il te reste tes cheveux (si t’en as) derrière lesquels te planquer. Et si t’es tout seul, bah… C’est la merde !

 

La non-réunion

Elle se décline en deux volets. Il y a celle qui n’a jamais eu lieu. Pas de pot, c’est justement celle qui tu avais préparée de façon besogneuse.

Et celle, qu’avant, tu n’aurais jamais considéré comme une réunion : je parle ici de la réunion à deux. Avant, tu t’imaginais que pour réunionner, il fallait être plusieurs. Alors, certes, j’en connais pour qui le plusieurs commence à deux. Tout de même, ça limite un peu les échanges d’idées, non ? A l’usage, tu apprendras que ce type de réunion est connu dans le milieu comme une bilatérale, que tu abrègeras vite en "bilat’", plus corporate évidemment !!

 

Non seulement, cette typologie est non exhaustive, mais en plus, ces types de réunion peuvent se combiner et là ça se complique. La conclusion, certes un peu hâtive : les réunions, c’est chiant ! Bonne semaine de travail…

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Quotidien

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