Dexter

Publié le 24 Septembre 2013

Cher Dexter,

Tu l’ignores, mais tu es la preuve qu’entre deux êtres, tout n’est qu’histoire de timing pour que LA rencontre ait lieu. Et surtout que l’alchimie prenne. Histoire de timing, mais aussi de persévérance. Il s’en ait fallu de peu pour que notre premier rendez-vous manqué signe la fin de ce qui allait devenir une passion (non réciproque peut-être, mais on s’en fout !). Que dis-je, une addiction !

Automne 2008, je suis enceinte de la mouflette : un bébé numéro deux qui n’est encore qu’une graine et surtout une cause de nausées perpétuelles. Et de fatigue aussi.

Son père et moi avons éclusé les séries (un format qui sied à ma narcolepsie du moment) habituelles. Il me propose Dexter. Je lui ai toujours fait confiance, surtout en matière de programmes TV. Il gère la logistique ; je m’occupe du petit d’homme.

Et on installe notre petit rituel. C’est un soir d’octobre typique. Le vent cogne à nos fenêtres, la pluie clapote sur le balcon ; mais dehors comme dedans, tout est calme. Il boit sa bière et moi, mon jus de tomate (enceinte, je vous rappelle). Tout est prêt pour faire connaissance : nos esprits sont ouverts. Et le premier épisode de ta saison une commence.

Au bout de quelques minutes, je me sens déjà oppressée. Tout est trop sombre dans mon souvenir. Les premières images dont je me souviens se teintent d’une couleur lie de vin. Evidemment. Un rouge épais, visqueux qui envahit l’écran. Pourtant, je suis prête. J’ai vu le teaser, lu le synopsis. Mais l’ambiance m’oppresse. Ton physique aux antipodes des héros de séries me met mal à l’aise. Ton regard caméra me glace. Tu es dans notre salon. Les bras de l’amoureux ne suffisent pas. Je suffoque. Je me lève précipitamment, j’ai la gerbe. Ton premier meurtre me fait vomir mes tripes.

Il me faudra quatre ans pour revenir vers toi.

A 30 piges, je n’étais probablement pas prête pour ta noirceur et ton dark passenger.

Hiver 2012, j’ai grandi. A croire que j’appréhende enfin l’ambivalence du monde. Quelques mots du jules d’alors suffisent pour me convaincre de te redonner une chance. Il paraît qu’on n’a jamais l’occasion de faire deux fois une bonne première impression. Avec toi, c’est faux.

Je n’étais probablement pas seule lorsque nos chemins se sont croisés pour la seconde fois. Je ne sais plus et on s’en fout. Ce qui compte : c’est nous et rien que nous. Les sensations sont les mêmes dès les premières minutes : je suffoque dès que tu apparais, tu me désarçonnes, ton regard me glace le sang. Tes valeurs heurtent ma morale. Et pourtant… C’est le coup de foudre. Je plonge dans ton univers. A corps perdu. Et comme souvent chez moi, il n’y a pas de demi-mesure.

En deux semaines, je rattrape six années de ta vie. Je ne suis plus joignable, plus sociable. Je ne réponds plus au téléphone. Je n’écris presque plus. Je ne pense qu’à toi et à nos rendez-vous nocturnes. Même les week-ends, tu m’envahis. Je te regarde sur mon 17 pouces pendant que les minots s’extasie devant un DA. Je saisis chaque minute de disponible pour avancer un peu plus. Je suis un zombie. Je dors trois heures par nuit, et encore, je me fais violence.

J’ai de la chance : je n’ai pas à subir les interruptions saisonnières. J’ingurgite environ 70 épisodes. Je suis accro. Ceux qui attendent la 7e saison m’envient. Je les ignore : ils ne me comprennent pas. Je suis addict : Dexter addict.

Et puis j’arrive au bout. Je suis logée à la même enseigne que le commun des mortels. Il me faut attendre quelques mois pour te retrouver. Je te remplace par d’autres serial killers dans ma lucarne et des malades dans la vraie vie. Aurais-je dû m’inquiéter pour ma santé mentale ? On s’en fout. Te revoilà. Je te retrouve. Comme à chaque fois, nos rencontres sont promptes et violentes. Quand tu es là, il n’y a que toi.

 

Lundi 23 septembre 2013. Notre dernier rencart. Pas de mystère. L’avantage avec toi, c’est qu’on ne se pose pas de question. On ne se demande pas si ça va durer toujours. C’est notre huitième saison, notre ultime saison. J’ai patienté… un peu. Et j’ai replongé. Je suis une junkie. Il m’aura fallu trois jours pour vivre notre dernier moment. Pas envie de m’appesantir ni de patienter. Il fallait y mettre un terme : c’était inéluctable. Toi et moi, on en aurait bientôt fini. On devrait peut-être s’en inspirer pour nos histoires de couple. A méditer.

Je t’ai dit adieu hier soir. Il était deux heures du mat’ quand on s’est retrouvé pour notre dernier rendez-vous.

Il n’y aurait pas de larmes, pas de regrets. J’étais prévenue. Je t’ai emmené sous ma couette, histoire d’en profiter, de te boire jusqu’à la lie.

Il était temps. Comme toutes les histoires, la nôtre s’était essoufflée. Je suis contente et soulagée que tout soit terminé. Tu m’as presque déçue. C’est dommage. J’espère que tu ne reviendras pas.

 

Rien à voir, mais sinon, on peut aussi me retrouver ici :  https://www.facebook.com/pages/Les-humeurs-de-Jenny-Grumpy/128978133863200

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Culture

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