Projections

Publié le 2 Juin 2013

Et alors viendra le jour où tu auras sorti la tête de l’eau et les pieds du cloaque. Tu regarderas ces mois avec un regard neuf et tu seras envahie de multiples émotions. Car tu es une femme – non pas sensationnelle – mais de sensations. Ce sont elles qui te définissent, parfois trop mais c’est ainsi.

 

Que ressentiras-tu alors à ce moment-là ?

 

Tu auras honte sûrement. Honte que le chagrin t’ait dévorée à ce point, honte d’avoir versé tant de larmes par amour. Tu regarderas autour du toi et tu compareras ta situation d’alors à ceux qui avaient affronté la maladie, à la fille de 28 ans que tu avais été et qui avait été confrontée au deuil. Honte parce que tes enfants étaient en bonne santé, attachants, pleins de vie. Honte parce que tu vivais ta vie entre parenthèses et que tu ne parvenais même pas te détacher de ta peine pour te consacrer pleinement à tes mômes. Honte parce que, sans eux justement, les pensées les plus noires t’auront effleurée. Honte parce que tu n’envisageais ton futur que par le prisme de ce qu’il ne serait pas. Honte simplement parce que tu manquais de discernement.

 

Tu seras encore décontenancée par l’absurdité de ce que tu as traversé. Tu n’auras toujours pas compris ce qui s’était passé mais tu auras intégré le fait qu’il n’y avait rien à comprendre. Qu’il faut savoir se dire : « C’est comme ça ! ». Tu ne reliras pas les échanges destructeurs mais ils auront laissé une cicatrice qui brunira avec le soleil des beaux jours qui seront plus nombreux.

 

Tu seras peut-être fière aussi. Fière parce que, comme le dit l’expression populaire, la vie aura repris ses droits. Parce que tu auras réussi à avancer. Parce que tu seras redevenue la fille qui se marre, qui voit la beauté des choses simples. Fière parce que tu n’auras pas été démolie et que tu continueras à faire confiance spontanément aux gens. Fière parce que la colère et la rage n’auront pas envahi ton cœur. Fière parce que tu seras parvenue à tourner la page sans nier ce chapitre de ton histoire et ce qu’il t’aura apporté. Fière parce que tu te sentiras plus forte.

 

Tu seras entourée, pas de doute. Parce que, dans cette période sombre, tu auras gagné des amis. Tu auras vu à quel point les gens pour qui tu avais été là, auront su te rendre la pareille. Tu mesureras que l’amitié est au moins aussi importante que l’amour pour lequel tu étais prête à tant sacrifier.

 

Et si tout va bien, tu sauras exactement qui tu es. Tu auras compris que tu n’es pas vide. Que tu peux exister autrement que par l’amour que tu donnes sans compter à l’autre. Tu auras appris à penser un peu plus à toi et à prendre soin de toi. Tu t’aimeras toi-même pour ce que tu es. Et tu auras compris que tu avais de la valeur en tant que mère, que fille, qu’amie, que femme…

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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