Pense à toi !

Publié le 21 Mai 2013

Et/ou prends soin de toi ! Tels sont les deux conseils – probablement très avisés – que j’ai le plus entendus ces dernières semaines. Il semble donc que je doive mettre à profit cette période tumultueuse pour me (re)centrer sur moi. Et là, c’est la merde. Par flemme, je dis souvent : "Je sais pas faire !". Et dans ce cas précis. Penser à ma gueule envers et contre tous, non seulement, je ne sais pas faire, mais surtout, ça ne m’est jamais arrivé. A croire que j’ai pris l’exact contre-pied du stéréotype de l’enfant unique que je suis. Je ne crois pas que l’on puisse me reprocher d’être quelqu’un d’égoïste. J’ai passé nombre des dernières années à penser aux autres, à l’autre.

 

 

Avec toute la lucidité qui me caractérise (et la modestie, vous noterez), je sais que cet altruisme est une manière de me valoriser, d’avoir une haute opinion de ma petite personne. Pensez donc : une fille/femme qui ne pense pas à elle, vit pour l’autre, se met en retrait voire se sacrifie. Ce mode de fonctionnement permet non seulement de ne pas trop s’interroger sur ses propres aspirations et d’avoir l’impression d’être une personne profondément humaniste. Toutefois cette attitude est à mon sens préférable à l’égocentrisme excessif. Mais le secret réside dans l’équilibre : il doit bien exister une voie médiane entre le dévouement et l’individualisme. Je la cherche.

 

 

Me voilà donc face à moi-même : ce serait là la parfaite occasion pour me retrouver. Re-merde ! Je ne me suis jamais perdue ou diluée dans le couple, je n’ai existé qu’à travers ce modèle, question d’âge évidemment. L’âge auquel je n’ai formé qu’un. Et c’est bien le problème : je n’ai pas eu le temps de savoir qui j’étais puisque je me suis jetée à corps perdu dans ma première histoire d’amour. Rétrospectivement, je n’ai pas de regrets : ils ne serviraient à rien. Mais comment trouver la piste de soi à mon âge canonique ? Comment savoir ce que je veux vraiment, ce qui me rendrait heureuse alors que, jusqu’à présent, ce qui m’accomplissait, c’était que les autres le soient (heureux justement) ?

 

 

Le chantier me paraît vertigineux. J’ai tour à tour l’impression d’être au pied d’une montagne immense ou au bord d’un précipice abyssal. On ne peut pas dire que j’ai la trouille, non pas vraiment : c’est plutôt la perplexité qui domine. Je visualise bien la cible qu’il me faut atteindre, mais s’agissant de la trajectoire, c’est nettement plus flou ! J’en entends certains qui marmonnent sûrement : « Putain, qu’elle est compliquée ! Qu’elle arrête de se faire des nœuds au cerveau et qu’elle vive bordel ! Un point c’est tout ! » Sauf qu’il me faudrait presque un mode d’emploi, j’avoue. Et c’est pathétique, je sais.

 

 

Considérant que penser à moi n’a rien de naturel chez moi, il me faut donc être pragmatique et méthodique. Le prérequis me semble être de ne plus penser à l’autre. Objectivement, c’est mal barré ! Ça va venir sûrement, mais pour l’instant, le chagrin me submerge encore de manière incontrôlable et inattendu (mais il est vrai que je suis une pleureuse). Comment penser à moi quand mes pensées vont vers un autre qui n’existe plus. Ce n’est pas de la nostalgie, simplement de la tristesse. Il faut laisser faire le temps. Soit ! Mais il est temps qu’il œuvre justement… ce temps !

 

 

Bien que parfois découragée, j’adopte certaines stratégies. Penser à soi, ça peut passer par se consacrer à son corps. Je vous arrête tout de suite, rien de sexuel là-dedans. Un Spa, un massage, c’est toujours ça de pris. Sauf que le ratio tarifs/temps de bien être est loin d’être un bon investissement. Plan B : une séance shopping. Les conséquences sur mon compte en banque seraient les mêmes : heureusement, la météo ne s’y prête pas.

 

 

Il va donc me falloir persévérer, appliquer le lâcher prise encore et encore. Et transformer l’artificiel en naturel : question de survie ! Retrouver le goût des bonnes et des belles choses, avoir à nouveau confiance. Et surtout, surtout : ouvrir les yeux et arrêter de chialer. Le moment est venu.

 

 

Bien sûr ma blessure est vive et soudaine. Et oui, elle ne se compare pas aux misères du monde ou même aux tragédies de certains de mes proches.

 

Même si, je reconnais le caractère indécent de mes larmes, les épreuves ne s’évaluent pas nécessairement les unes par rapport aux autres. Néanmoins, je suis une chanceuse et il me tarde de trouver la ressource en moi pour le mesurer pleinement. Rien de très original dans ce qui va suivre mais… J’ai de chouettes mômes qui grandissent sans encombre ; je suis en bonne santé, j’ai un job épanouissant intellectuellement, mes amis sont présents et je me paie même le luxe de m’en faire de nouveaux, j’ai un cerveau qui fonctionne à merveille.

 

Il me reste désormais à éclater de rire à nouveau, être sereine beaucoup plus souvent, dénouer mes entrailles, libérer mon cœur de son carcan et alors je parviendrai à penser à moi : je n’aurai que ça à faire.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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