Voyage en terre inconnue

Publié le 1 Mai 2011

Bien que n’étant pas une grande aventurière, il m’est arrivée de vivre des choses dingues et/ou improbables : sauter à l’élastique, goûter une huître, prendre le RER à minuit, faire du toboggan gonflable (de 10 mètres, je précise), boire du Champagne dans un gobelet en plastique, essayer le Breizh Cola, partir en vacances sans avoir vérifié l’itinéraire, boire du vin sans étiquettes, faire un pique-nique sans chips…

Oui, oui, j’aime le risque et pourtant… il est un acte de bravoure que je ne peux passer sous silence tant il me gonfle de fierté, et je pèse mes mots.

 

Ces derniers mois, je suis fréquemment passée à l’Ouest. Je sais qu’il y a une cinquantaine d’années, des citoyens étaient prêts à mourir pour ça. Pas moi, loin s’en faut. En tout cas, pas pour passer de mon Est à cet Ouest.

Une précision géographique s’impose : quand je dis mon Est, je parle de la région qui m’a vue grandir et de celle où je vis. N’allez pas imaginer que j’ai passé mon enfance à Epinal ou à Besançon : il s’agit tout simplement du grand Est parisien. Région dont la réputation est désormais internationale grâce à Mickey et ses potes mais mon Est est encore plus lointain : une soixantaine de kilomètres de la Capitale. Et puis, par la force des choses, je me suis rapprochée mais toujours en restant du même côté de la barrière.

 

Alors l’Ouest parisien, autant vous le dire, tient pour moi de la province. Mettre les pieds (ou les roues c’est selon) relevait, il y a peu, du périple. L’Ouest, cet inconnu, ses politiciens véreux et corrompus, ses mairies fortement ancrées à droite, ses femmes maquillées même le dimanche, ses enfants tout de bleu marine vêtus, son bois de Boulogne, son château de Versailles, sa bourgeoisie…

 

Chaque expédition dans ce coin du globe ne manquait pas de soulever nombre de questions : les autochtones parlaient-ils le même langage que moi ? Allais-y retrouver des enseignes familières ? L’échelle de prix était-elle la même que celle de l’Orient ? Etait-il autorisé d’éternuer en public ? Les chiens portaient-ils des manteaux en tartan ? Risquait-on une amende si on avait le nez percé ?

Survivre à ces séjours signait pour moi une victoire, un succès digne d’être arrosé à la Kro et réduisait la distance entre ces deux univers.

Mais de là à envisager d’y habiter… Un grand pas restait à franchir. L’aberration de l’hypothèse était une évidence. Mais une enquête approfondie m’a permis de vérifier qu’il en était de même pour certains occidentaux : passer à l’Est est un concept effrayant.

 

Et puis, lentement, l’Ouest s’apprivoise. On y fréquente des cinémas, on y boit des bières en terrasse en s’étonnant de sa voisine dont le visage est plus figée qu’un personnage du musée Grévin, on découvre le découpage en bloc d’une régularité angoissante des quartiers de Levallois, on compte les caméras de vidéosurveillance qui interrogent la notion de liberté individuelle, on admire des demeures dont on se demande qui peut bien y habiter, on apprécie les nombreux points de verdure synonymes d’épanouissement pour les enfants, on apprécie les grands axes qui laissent la voie libre aux deux-roues.

C’est ainsi que le doute s’insinue : s’y installer ? Pourquoi pas ? Je n’entrerai pas ici dans des considérations financières et bassement matérielles qui risqueraient de stopper net toute velléité de changement de vie. Après tout, qui me dit que mon salaire ne va pas quadrupler en quelques années (allez soyons fous, en quelques mois) me permettant dès lors d’envisager l’acquisition d’un splendide 5-pièces avec terrasse dans un splendide immeuble haussmannien ? Hein ? Qui me le dit ??

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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