Vie et mort d'un sapin

Publié le 7 Janvier 2013

Dès le 1er décembre, certains sont au taquet. Ils n’en peuvent plus de m’avoir attendu pendant 11 mois. Décembre, c’est le mois de Noël alors ils se lancent sans honte aucune. Moi, c’est Nordmann, et si j’en crois l’article Wikipédia qui m’est consacré (car oui il existe une entrée sapin de Noël), je tends aujourd’hui à "monopoliser le marché du sapin de Noël en France". Et ouais, c’est que je ne perds pas mes épines moi madame ! J’aurais presque de la compassion à l’endroit de mon cousin l’épicéa : vous savez celui dont les aiguilles font gling gling sur le sol au bout de trois jours. Avec moi, on mise sur la durée.

 

Me voilà donc fin prêt pour les festivités : j’attends avec impatience d’avoir les boules et de me faire enguirlander (ouais je sais, je suis un marrant dans mon genre !). Le défilé peut commencer : je m’amuse à profiler les acheteurs. Les arrogants qui veulent un sapin de 2,50 mètres ; les artistes qui s’attardent sur mon harmonie ; les radins qui comptent les branches… voire les épines. Certains m’achètent en habit de paupiette au risque d’être déçu au déficelage ; d’autres mégotent sur l’achat de la bûche – en sus – dans laquelle je suis fichée, préférant sans doute s’escrimer sur un support en plastique qu’ils ne manqueront pas d’injurier.

Le moment de me loger dans la voiture est l’un des plus drôles de mon épopée. Pas facile de me loger dans le coffre de la voiture (j’en connais néanmoins qui sont capables de me rapporter en scooter et là, je dis "respect !"), alors on ôte la plage arrière, on égratigne ni vu ni connu l’un des mouflets logés à l’arrière ("Mais non, ça ne pique pas ! Qu’est-ce que tu racontes ?").

Finalement, vaille que vaille, je me retrouve installé dans le salon : à même le sol ou sur une bassine pour simuler une hauteur que je n’atteins pas.

 

Les plus prévoyants auront acheté un sac à sapin. C’est vrai que c’est moche, c’est vrai que ça pue mais c’est pratique ! J’ai rencontré un sapinophile, pourvu du sac susmentionné mais ne m’a pas installé à mes pieds, pensant qu’il lui servirait après. J’en ris encore d’ailleurs !

 

C’est alors que je connais mon moment de gloire, mon quart d’heure de célébrité : je suis le centre de toutes les attentions : on me décore. Certains me parent de guirlandes électriques : ils fanfaronneront moins lorsqu’il faudra l’enlever. Et c’est alors la grande débauche pour certains : festival de mauvais goût ou alors concours de design, désorganisation totale si les minots sont de la partie. Qu’importe : chacun s’extasie. La touche finale : l’étoile à mon sommet.

 

Je suis parti pour quelques semaines de présence incontournable. Les membres de la famille me contemplent sans cesse, me touche, m’apprête : une vague idée du bonheur. Mais putain qu’il fait chaud et ce chauffage au sol n’arrange rien. Je lutte de toutes mes forces, je me dessèche, commence à ployer. Et les mômes qui ne cessent de me bousculer. Et elle qui passe son aspirateur sans faire gaffe ! Ca y est j’en ai marre : il est temps que le gros bonhomme rouge passe et que tout le monde déballe ses cadeaux. C’est d’ailleurs le moment qui me redonnera le sourire : ces mines réjouies, ces yeux ébahis, ces petites larmes qui perlent sont ma raison d’être. C’est mon chant du cygne.

 

La fin est proche : on me déshabille… sans ménagement cette fois. La douceur n’est plus de mise, il faut aller vite. Apparemment, ils n’aiment pas lorsque cette période se termine, nostalgie oblige !

On m’enferme dans le sac à sapin : j’étouffe, j’agonise. J’aurais encore un ultime moment d’exultation : ils vont galérer à me faire passer la porte ! C’est que je ne suis plus ficelé là, j’ai pris toute mon envergure.

 

Et voilà, ma vie est terminée ! Je rejoins mes congénères sur les trottoirs de nos agglomérations. Certains m’auront jeté en pleine nuit, à l’abri des regards. J’en vois qui ne sont même pas emballés mais balancés à l’arrache n’importe où. Leur ville a une drôle d’allure en ce mois de janvier : elle s’est transformée en cimetière de sapins à ciel ouvert. C’est un peu triste et je les vois, ces quidams qui ne nous regardent plus, nous évitent, voire nous insultent parce qu’ils se sont pris les pieds dans nos branches. Heureusement, on n’est pas rancunier ! A l’année prochaine !

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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