Venise

Publié le 30 Avril 2010

 

DSCF4560Il est des villes dont vous êtes persuadée, lorsque l’avion quitte le tarmac, qu’elles vous laisseront une marque indélébile. Avant 30 ans, ma devise c’était un peu "Voir Rome et mourir" : je l’ai visitée à 28 ans enceinte de six mois… fidèle à l’image que j’en avais.

Et puis pour mes 32 ans, cadeau surprise – d’autant que le contexte ne s’y prêtait pas forcément – un week-end à Venise. Hésitations quant au fait d’y aller ou pas. La décision a été prise la veille du départ à 1h du mat’. Et pour la première fois, j’ai l’impression que mon vocabulaire sera trop pauvre pour rendre compte de la puissance des émotions qui m’ont secouée.

 

On débarque à Venise avec une foule d’idées préconçues dans la tête… forcément : Venise, la romantique, la ville des amoureux mais aussi du libertinage, son pont des Soupirs, ses canaux et ses incontournables gondoles. Autant vous dire que je n’étais pas du tout disposée à tomber sous le charme. Et pourtant, le sortilège vénitien a opéré… pianissimo. Parce que la Cité des Doges se découvre pudiquement et ne livre sa beauté qu’avec parcimonie, comme si le promeneur devait la mériter.

On n’aime pas Venise d’emblée et inconditionnellement, on en tombe amoureux graduellement et profondément. Il était donc naturel, évident même qu’une alchimie prenne corps entre la Sérénissime et moi puisque c’est ainsi que je fonctionne dans le sentiment amoureux : j’ai besoin de temps pour aimer car lorsque le sentiment prend place dans mon cœur, c’est avec une intensité exceptionnelle et absolue… effrayante peut-être.

 

Venise est une ville dans laquelle on se perd : la tête vous en tourne à force de marcher dans ses ruelles labyrinthiques, étroites, brumeuses et qui, promptement débouchent sur une piazza inondée de soleil. A cette saison, les touristes n’ont pas encore envahi la Cité et c’est presque tranquillement qu’on se laisse hypnotiser.

Un jour et demi m’avait suffi pour considérer que j’étais conquise mais au troisième jour, Venise m’a bouleversée en découvrant sa Scuola Grande di San Rocco : en haut de ses escaliers, le choc esthétique est vertigineux et d’une violence inouïe : une salle monumentale entièrement recouverte de peintures du Tintoret enveloppe tout votre être et vous soulève littéralement au point que les larmes ont commencé à couler imperceptiblement tant le cataclysme artistique était à la limite du supportable. Jamais je n’aurais imaginé que la beauté puisse me faire chavirer à ce point et provoquer un tel raz de marée émotionnel : cette œuvre gigantesque d’abord vous anéantit et vous vide de toute votre substance et la seconde suivante, lorsque votre regard tente d’en prendre la mesure, elle se répand en vous et imprègne votre âme.

Et c’est dans cet état que l’on quitte Venise, non pas à regret, mais exalté parce qu’infiniment plus riche et plus proche de soi.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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