Théâtre : Ce soir, j'ovule de Carlotta Clerici

Publié le 24 Mars 2010

Ce-soir-j-ovule.jpgBaise sur commande, prises de sang quotidiennes, échographies brutales tous les deux jours, faux espoirs mensuels, jalousie, examens barbares, colère, tristesse, ordonnances à rallonge, conseils malavisés, trucs de grand-mère, gynéco glacial… Bienvenue dans le monde joyeux de la PMA (procréation médicalement assistée pour les non initiés). Celles qui ont vécu ce parcours du combattant savent précisément de quoi je parle ; pour les autres que le sujet interpelle, je vous recommande vivement d’aller voir Ce soir, j’ovule au Théâtre des Mathurins. Mis en scène par Nadine Trintignant et sur un texte de Carlotta Clerici, Catherine Marchal y interprète une femme de 40 ans confrontée à une stérilité inexpliquée.

Après une vingtaine d’années de papillonnage affectif et sexuel, Clara a enfin trouvé l’homme avec qui elle veut faire des enfants. A 35 ans, on ne s’inquiète pas outre mesure si la première tentative se révèle infructueuse, surtout après 15 ans de pilule et quelques petites MST par ci par-là. Mais au bout d’un an, les bidons ronds deviennent une obsession ; il est temps d’aller consulter et insidieusement la machine se met en branle. Une machine qui vous broie, vous lessive tant le désir d’enfant s’empare de votre corps, de votre cerveau et de votre cœur… au point de perdre de vue les raisons de cette si belle envie.

Ce soir, j’ovule
est un monologue magnifique et subtilement juste : ni larmoyant ni sarcastique, le texte est simplement réaliste et sobre. Il puise tout son intérêt dans l’anecdotique des situations, si concrètes pour celles qui les ont traversées. Car pour ne pas sombrer lorsqu’on y est confronté, il faut se raccrocher à tout ce qui n’est pas de l’ordre du fantasme ou du fol espoir : bien sûr, chacune fait le tri dans ce qu’elle entend, dans ce qu’on lui conseille… Inévitablement, le cerveau et le corps se déconnectent car sinon, comment supporter cet acharnement thérapeutique à essayer de faire un enfant à tout prix. Derrière une apparente légèreté et grâce à une Catherine Marchal lumineuse, tantôt délicate tantôt véhémente, l’auteure souligne certains travers d’une société si bien pensante.

Pour nombre d’esprits étroits, l’infertilité est forcément suspecte et la culpabilité du ventre creux est toujours sous-entendue ; la maternité est de plus en plus érigée en symbole d’un accomplissement de la femme et lorsqu’elle ne vient pas, alors la solitude est vertigineuse, indépendamment du soutien du compagnon. C’est dans son corps et dans ses tripes que la femme stérile ressent cette cruelle injustice et cette insupportable nécessité de toujours faire bonne figure face aux autres. J’ignore si les mots de Carlotta Clerici peuvent parler à tous mais si je me fie à la salle ce soir-là, il semble que chacun y trouve son compte : par moments, l’actrice, le récit et le public fusionnent… un instant de grâce providentiel.


Pour en savoir plus 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Sortie

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