Sac à main

Publié le 23 Avril 2012

Il paraîtrait que le sac à main est à la femme ce que la coupe est au Champagne : indispensable. Que n’a-t-on pas écrit ce qui ne peut pas se réduire à un accessoire ? Que sa taille reflèterait la psychologie de sa propriétaire, qu’il symboliserait un vagin (attention donc à ne pas le laisser traîner grand ouvert), que son contenu définirait celle qui le porte…

J’avoue que la littérature grise sur le sujet m’a impressionnée. Je ne soupçonnais pas que tant de "chercheurs" pouvaient s’y intéresser. Et pour cause, le sac à main m’ennuie, me gêne. J’entends par là, le sac à main dans son concept tout comme dans sa déclinaison pratique. Et encore, je reste polie : en réalité, le sac à main m’emmerde. Et j’ai pour habitude de ne pas m’en préoccuper.

 

Sauf que le mien agonisait, il rendait l’âme : la bandoulière se barrait en sucette, il avait perdu une déco quelconque. Ca sentait la fin pour mon petit sac .Car oui, mon sac était petit. Et n’en déplaise au sociologue Kaufmann, je ne suis pas une sexagénaire et mon statut de mère n’implique pas qu’un gros sac aurait eu pour effet de me rassurer. Simplement, ce sac a été mis sur mon chemin et je m’en suis accommodé pendant trois ans environ : je l’ai bourré au point de le faire ressembler à un ballon de rugby, je l’ai insulté lorsqu’il ne pouvait contenir mon roman du moment, je l’ai jeté négligemment dans tous les coins, je l’ai dépouillé comme une peau de lapin pour le nettoyer. Bref, je ne l’ai pas ménagé. Et il m’a bien fallu me rendre à l’évidence : j’allais devoir m’en racheter un.

 

Je sentais l’insomnie me guetter. J’imaginais des nuits jalonnées de cauchemars face à ce choix cornélien. J’avais compulsé les bibles sur le sujet, visité les temples du sac à main, les lieux dédiés à cet obscur objet.

Bien sûr, j’avais les bases : ne me prenez pas pour une gourdasse ! Je savais que le sac à dos (oui, même en cuir !) était banni, tout comme le sac en synthétique d’ailleurs. Que je n’avais plus l’âge d’acheter un seau Paquetage (celui dont on se servait au lycée), qu’on ne se fournir pas sur un marché. On est d’accord.

Mais une fois ces principes énumérés, je n’étais pas plus avancée. Je savais qu’il ne me fallait pas un énorme sac : premièrement, parce que plus il est gros, plus j’allais avoir tendance à en mettre et deuxièmement, parce que gros sac, ça rime avec sac à pute (enfin poétiquement, ça ne rime pas, mais dans mon esprit si !).

Je n’ai jamais fantasmé sur un sac en particulier (alors que sur une bague, oh que oui). Rien que de penser à sa forme, sa couleur, son intérieur…, j’en avais des sueurs froides. Je me surprenais, telle une sacopathe, à épier les femmes dans la rue, sur le quai du métro, dans les magasins, au boulot. Mais rien, de rien. J’attendais l’inspiration divine…

 

Et paf, une copine m’a filé un sac. Un Darel. Ouais, je sais, ça claque (un peu quand même). On a les copines qu’on mérite que voulez-vous. D’abord, ça a résolu le problème du choix (et de mon portefeuille au passage) et là-encore, tout comme avec le précédent, c’est moi qui m’adapte au sac.

Il est blanc ? Ok, je vais faire gaffe à ne pas lâcher n’importe où. Il est grand ? Parfait, je peux y mettre une trousse à maquillage, et deux romans en cas de coup dur, et une bouteille d’eau, et deux paires de lunettes, et une crème hydratante, et du parfum, et un miroir de poche, et un carnet, et des gants, et une pince à cheveux… Il ne ferme pas avec une fermeture éclair ? Pas de problème, je glisse une écharpe dedans et je suis vigilante. Il se porte dans le creux du bras ? Alors, je change régulièrement de côté, histoire d’éviter l’engourdissement.

 

Je m’adapte, je vous dis. En plus, ça pourrait être pire. La copine susmentionnée aurait pu me filer un Kelly. Et là, c’était l’angoisse assurée : obligée de vérifier la météo systématiquement avant de sortir, ne jamais (jamais, jamais) oublier l’imper’ du Kelly (car si Météofrance était fiable, ça se saurait) et peut-être tout un de cas de contraintes que j’ignore encore.

 

Alors, finalement, un Darel, pour faire son entrée dans cet univers, c’est pas si mal.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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vinzz 10/01/2014 22:20

très ludique cet article. je suis tombé dessus par hasard en cherchant de infos sur les sac : Celui que ma femme a acheté fait "pute" comme vous le décrivez vous aussi.
D'ailleurs c'est en rentrant ces 2 mots juxtaposés que je suis tombé sur cet article.