Pourquoi j'ai fait des mômes putain ?!

Publié le 15 Mai 2012

On a mille fois l’occasion de se poser cette question. Evidemment, selon la qualité de votre langage, la question pourra être plus ou moins châtiée : il existe quelques variantes. « Oh mon Dieu, aide-moi ! ». « Mais bordel, qu’est-ce qui m’a pris ? ». « Pourquoi, pourquoi, mais pourquoi ? ». Mais au fond, la substance est la même. C’est la raison pour laquelle on se la pose qui diffère : en fonction de l’âge des dits-enfants (et non des dix, parce que là, on n’a plus le temps de se la poser), de la situation parentale, économique, amoureuse…

 

En six ans de carrière maternelle, il m’est souvent arrivé de m’interroger sur ce qui m’avait (enfin nous) avait décidée à devenir parents, et surtout ce qui nous avait poussé à persévérer alors que visiblement la nature n’avait pas choisi de se ranger de notre côté : l’esprit de contradiction sûrement ! Et puis avec les années difficiles, on avait perdu de vue le pourquoi, on y allait c’est tout.

 

Dans les 6 premières semaines de vie du petit d’homme lorsque les nuits sans sommeil m’abrutissaient et que je devais compter une fois encore les cuillères de lait en poudre au milieu de la nuit ; lorsque mes cheveux tombaient par poignée, lorsque je ne le comprenais pas quand il pleurait contrairement à ce que racontent les livres.

Au cours de ses deux premières années, lors des brusques montées de fièvre ; quand on m’interpellait sur le fait qu’il marchait sur la pointe des pieds, quand je googlais à mort pour savoir s’il était « normal » de ne dire que deux mots à deux ans…

 

Et puis on oublie et on recommence : un combat plus court, et la famille s’agrandit. Et à nouveau les mêmes questions. Le cataclysme du deuxième enfant en plus.

 

Mais quand on est deux, tout est plus facile… normalement. On trouve en l’autre les ressources que l’on croit avoir perdu, on se relaie en cas de coup dur. On partage.

 

Vient le moment du choix. Qu’importe, il faut en assumer les conséquences, accepter qu’il y en aura sur les enfants (matériellement, affectivement, psychologiquement…) même si on ne les avait pas forcément correctement évaluées. Alors, les questions s’alourdissent : pourquoi j’ai fait des mômes bordel ? C’est quoi, cette vie que je leur offre aujourd’hui ? Une mère fragile, qui ne tient pas la route, qui se pose une question à chaque fois qu’elle expire. Un équilibre bancal. Encore que je devrais employer le passé ou plutôt un temps qui traduirait la régularité de ces questionnements mais pas leur pérennité. Parce que la mère que je suis progresse. Parce qu’elle a appris de ses longues soirées de larmes, des heures au téléphone avec les cop’s. Parce qu’elle a croisé la route d’un amoureux et de son bonhomme qui tentent de se glisser dans les interstices de notre trinité.

 

Et l’obscurité de la question s’efface et s’empreint de légèreté. Les mômes nous agacent quand ils se bagarrent, quand ils n’obéissent pas, quand ils chouinent, quand ils sont sourds ou qu’ils font des colères monumentales. Ils sont pénibles tant qu’ils n’ont pas intégré le concept de grasse mat’, tant qu’ils ne peuvent pas aller chercher les croissants ou préparer le café, tant qu’il y a un risque à les faire repasser nos fringues… Ils exaspèrent à enchaîner les pourquoi, à soliloquer sans relâche, à mettre une certaine mauvaise volonté dans le quotidien.

 

Mais ça aussi ça passe.

Viennent alors les moments de grâce. Ces instants où l’on voudrait voir le temps ralentir sa course. Parce que nos mômes affleurent le sublime du bout du doigt. Parce qu’ils rendent la vie simple et belle et que la regarder avec leurs yeux, juste une seconde, est magique. Pendant quelques minutes seulement, la folle idée de tout larguer et de partir avec eux loin de tout, nous envahit. On aimerait pouvoir profiter plus encore. Il y a leurs rires, leurs élans d’amour, leurs étoiles dans les mirettes… Et dans ces moments-là, je me demande parfois « pourquoi j’ai fait des mômes putain ? » Mon côté sombre me murmure que l’éphémérité renferme en son sein une sombre douleur appelée nostalgie.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Bébé-Enfant

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