Petites phrases assassines - Episode 1

Publié le 16 Décembre 2010

Ce sont ces deux ou trois mots que votre interlocuteur (ou trice aussi, il y a des spécialistes) vous balance de manière anodine (enfin anodine pour lui) au cours d'une conversation sérieuse. Ces petites phrases assassines sont presque dites sans y penser, comme si elles étaient une évidence ou de l'ordre de la sagesse populaire. J'en ai particulièrement deux qui me viennent à l'esprit parce que je les ai souvent entendues et qu'elles peuvent parfois me faire littéralement exploser de fureur. En voici déjà une, je laisse le suspens planer pour un prochain billet.

 

"C'est dans la tête!"

Spécifiquement utilisée lorsque votre corps et/ou votre esprit refuse de vous obéir et que, forcément, ça vous contrarie ou vous fout le cafard. Bêtement, vous vous épanchez (auprès de la mauvaise personne, cela va sans dire) histoire de crever l'abcès et d'ôter quelques tonnes de vos frêles épaules. Et soudain (roulement de tambour), la voici, la phrase à la con : "c'est dans la tête !".

Comme s'il suffisait de verbaliser cette connerie monumentale pour que d'un coup d'un seul, tout les angoisses, la tristesse disparaissent comme par enchantement.

Façon dissert' de philo, je ne vais pas me priver d'illustrer mon propos par quelques exemples, exemples qui n'ont pas nécessairement été puisés dans mon expérience personnelle, je précise.

 

Evoquez la dépression avec certaines personnes. La vraie dépression je veux dire : celle qui vous cloue au fond du lit, vous anesthésie le corps, les émotions, les neurones, vous rend malheureux comme les pierres. Celle qui peut prendre des formes aussi diverses et perverses que l'addiction, l'anorexie, la mélancolie permanente. Vous trouverez toujours un … (non cette fois, je m'abstiendrais de toute grossièreté et laisserait l'espace vide) pour vous asséner son diagnostic : "c'est dans la tête !".

L'immense avantage de la formule est qu'elle peut s'adapter à nombre de cas de figure.

Autre exemple, face à une stérilité dont l'autre ne connaît pas complètement les tenants et les aboutissants, vous pourrez entendre : "de toute façon, si ça ne marche pas, c'est parce que c'est dans la tête que ça se passe !". Putain, mais bien évidemment, j'avais pas compris que c'était là haut qu'on concevait les mouflets : ceci explique cela.

Tout aussi délicat et diplomate: pour expliquer la guérison ou non d'une maladie grave (allez au hasard, un cancer) : "tout se joue dans la tête". Protocole médicamenteux imparable.

 

Certains me rétorqueront que pour ces deux exemples, ils peuvent me citer des personnes qu'ils connaissent (ou plus exactement qu'un ami d'amis de collègues de leur cousin par alliance connaît) et pour lesquels le facteur psychologique était bloquant.

Je ne nie pas la puissance de notre cerveau et sa capacité à nous fixer des barrières ou celle de notre corps à somatiser, mais réduire nos failles à cette sentence me fout hors de moi et ce d'autant qu'en la prononçant, la conversation prend fin.

C'est vrai, inutile de débattre puisque c'est dans la tête que ça se passe. Enfin, maintenant, je ne débats plus. J'ai essayé l'argumentaire rationnel (quasi scientifique je vous assure), l'énervement (et ça je maîtrise à merveille)… Rien n'y fait, l'énonciateur du "c'est dans la tête" est sûr de son fait. Forcément, puisque dans la sienne (sa tête donc !), tout est clair.

Et allez essayer de lui faire comprendre que sa petite phrase du jour vous ravage, vous écrase de culpabilité, instille le doute, vous attriste davantage, vous enfonce quelques pieds sous terre supplémentaires. Il se hâterait alors de vous répondre, je vous le donne en mille, que "c'est dans la tête tout ça !".

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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