Paris fond-il ?

Publié le 8 Décembre 2010

Vous apprécierez au passage la référence filmographique (film des années 60 de René Clément – fac de ciné oblige) ou musicale (Mireille Matthieu : aucune idée de la raison pour laquelle je connais cette chanson !). Au alors, vous ignorez les deux et sachez-le : vous ne loupez rien.

 

Naturellement, ce n’est pas sous la canicule que nous fondons : c’est à la météo que je fais allusion, une fois n’est pas coutume. Alors, comment ça se passe à Paris quand il neige ? Moi, je me marre.

Les circonstances étant ce qu’elles sont, ce n’est pas au réveil que le parisien (râleur, mais c’est un pléonasme) découvre un immaculé manteau blanc. Non, non c’est beaucoup plus drôle quand les flocons se mettent à tomber à midi. Pour peu que vous soyez adepte de la cantine en mode taupe, ce n’est qu’à 14h que vous constatez le changement. Le nez collé à votre grande fenêtre (en tout cas moi j’en ai une), vous scrutez le ciel, le sol, le ciel… en vous interrogeant sur la tenue au sol. Question bien inutile car personne n’en sait rien. Puis, si vous êtes d’humeur rigolarde tendance espiègle, vous mettez un doux coup de pression à la collègue qui angoisse depuis qu’elle a entendu sur France Inter que toute la région était en alerte orange.

 

Si vous êtes une barge comme moi et que vous vous êtes fixé comme mission qu’il fallait absolument faire quelques emplettes (cf. le billet d’hier), vous mettez votre truffe dehors et mesurez votre connerie matinale lorsque vous avez décidé de porter des talons de 6 cm. Les cils alourdis par la neige, les pieds gelés et le nez rougi, vous regagnez avec soulagement votre chaleureux bureau.

Tranquillement, l’après-midi s’écoule : on tourne sporadiquement les yeux vers la fenêtre, on analyse la situation avec les compagnons de clope. Et viens l’heure du checking RATP et météo. Lu d’ailleurs sur le site de Météofrance : "en raison des conditions climatiques, votre page ne peut se charger". Raisonnablement ; une demi-heure avant l’heure habituelle, vous pliez les gaules, on ne sait jamais.

 

Et une fois dehors, alors qu’il neige en continu depuis cinq heures, vous mesurez l’ampleur du désastre. Car oui, Paris sous la neige est certes magique, magnifique mais aussi chaotique. Les bagnoles patinent, les automobilistes klaxonnent à toute berzingue dans leur caisse embuée, les scooters poussent leur triste monture, les Vélib’ ne trouvent pas preneur. Ne restent plus que de valeureux piétons disséminés de part et d’autres des grands axes.

Je pourrais voler l’image de la démarche du pingouin à une cop’s, si parlante (l’image est parlante, mais la cop’s aussi d’ailleurs), mais je m’abstiendrais. En même temps, je viens de le faire et vous visualisez bien le truc. J’ai noté pour ma part plusieurs stratégies.

Il y a ceux qui attaquent énergiquement les pavés : un coup d’œil à leurs pompes et vous comprenez que, eux aussi, ont entendu le bulletin météo (mais bordel, pourquoi ai-je cédé ce matin pour écouter encore un Michael), adaptant ainsi leur tenue. C’est une tendance essentiellement masculine j’imagine car je n’ai pas vu de femme ainsi parée, ou alors, je ne les ai pas reconnus, emmitouflées qu’elles étaient.

D’autres avancent d’une démarche relativement assurée, quoique lente, c'est-à-dire prudente.

Et il y a moi et mes consœurs : les mal-chaussées. On s’essaye à plusieurs tactiques : pas minuscules, pointes des pieds, adducteurs tendus à bloc. On optimise sa position sur les chaussées : en clair, on longe les murs parce que les trottoirs sont moins enneigés et tant pis si de fourbes gouttes glissent le long de votre cou. Lorsque vient le moment fatidique de traverser la rue, on s’agrippe au poteau (ou on se cogne dedans, c’est selon) et on redouble de vigilance lorsqu’il s’agit de franchir la bande blanche, ô combien glissante. Au passage, on immerge deux ou trois fois la cheville (tant qu’à faire) dans de pernicieuses flaques de neige fondue dont vous ne soupçonniez pas la profondeur.

 

Mais, est-ce l’effet cotonneux de ce qui nous tombe sur la tête, le parisien se déride. En tout cas, moi je continue à me bidonner en imaginant ma folle allure. Il doit y avoir contagion : les gens sourient, vous laissent passer car peinés à la vue de vos chaussures et certains vous parlent ! Incredible !

Ca se confirme : j’adore Paris sous la neige.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Quotidien

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