Lecture : Vendetta de R.J. Ellory

Publié le 15 Mars 2010

vendetta-ellory-09.jpgIl est des livres qui vous laissent un inconsolable sentiment de vide lorsque vous les quittez : c’est littéralement exsangue, épuisée que vous tournez la dernière page en pensant que le prochain bouquin vous décevra… forcément. Le deuxième roman de R.J. Ellory, Vendetta, est de ceux-là.

2006, la fille du Gouverneur de Louisiane, Catherine Ducane, a été kidnappée ; son garde du corps retrouvé atrocement mutilé dans le coffre d’une Mercury Turnpike Cruiser de 1957. Le ravisseur contacte alors le FBI et fixe ses conditions : il ne révèlera des informations qu’à Ray Hartmann, petit fonctionnaire natif de La Nouvelle-Orléans qui tente de lutter contre le crime organisé depuis New-York. C’est le début d’une confession en huis-clos fascinant entre un homme désabusé, hanté par ses propres démons et Ernesto Perez, impitoyable homme de main de la mafia.


Je vous avais déjà fait part de mon enthousiasme pour le premier roman d’Ellory,
Seul le silence, et là paf, nouvelle claque avec Vendetta qui est pourtant radicalement différent. L’auteur se paye le luxe de retracer 50 ans d’histoire mafieuse, et par là-même une certaine épopée américaine. De prime abord, on aurait tendance à y chercher une filiation avec James Ellroy car il convoque les Kennedy, Sinatra, Monroe, Hoover, Nixon, Hoffa… qui ont forgé l’identité de l’Amérique contemporaine pour les mêler à la pure fiction, mais l’écriture de Ron Jon Ellory n’est pas empreinte de fièvre ni de colère. Les mots s’enchaînent implacablement et n’en sont que plus terrifiants parce qu’ils nous engourdissent, nous paralysent.

J’ai lu quelque part que certains estimaient que
Vendetta n’avait pas la puissance émotionnelle de Seul le silence (ici). En ce qui me concerne, c’est l’inverse : la terrifiante froideur de ce roman, sa mise à distance du pathos, confèrent une envergure vertigineuse à son récit, tant la maîtrise d’Ellory est imposante. Plus encore que le portrait de deux hommes torturés, il donne véritablement corps aux Etats-Unis, ou plus précisément à l’un d’entre eux : la Louisiane, boueuse, vénéneuse, poisseuse… et fatalement enchaînée aux protagonistes.

Bien au-delà du tableau historique, ce roman interroge sur la valeur de la famille, la possibilité ou non de chacun de faire ses propres choix, d’être maître de sa vie et de parvenir à s’assumer tel que l’on est avec ses faiblesses mais aussi avec sa profondeur essentielle. Une telle densité vous essore entièrement mais vous permet aussi de regarder viscéralement en vous : une nécessité.




R.J. Ellory, Vendetta, Sonatine Editions, 2009, 651 p. 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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