Lecture : Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye

Publié le 9 Décembre 2009

J’ai pour habitude (principe ? Suis-je une femme de principe ??) de ne jamais lire les Prix Goncourt. Ca peut vous paraître con, mais finalement pas plus que ceux dont le seul achat livresque de l’année est un quelconque prix, Goncourt ou autres (ce n’est pas ce qui manque en France).

Enfin, je précise, j’ai pour habitude de ne jamais lire le Goncourt l’année de sortie, mais il m’est tout de même arrivé d’en avoir un entre les mains et des bons, voire excellents : Le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé, Alabama Song de Gilles Leroy ou Les noces barbares de Quéfellec. Pas des chefs d’œuvre certes, mais de bons moments de lecture.

De toute façon si vous consultez la liste des lauréats, force est de constater que depuis 1903, peu sont devenus des piliers de notre culture. A se demander si le Goncourt n’est pas une manière de briser une carrière ?

 

Cependant, cette année, appâtée par la douceâtre odeur du scandale j’avoue, j’ai acheté Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye. Vous n’avez pas suivi l’affaire ? Au mois d’août, dans une interview au Inrocks, l’auteur qualifiait la France de Sarkozy de « monstrueuse » y évoquait une « atmosphère de flicage, de vulgarité… ». C’est vrai que déjà ces propos me donnaient envie d’aller voir ce qui se cachait dans le bouquin, mais quand le disert Eric Raoult (député UMP) y est allé de son commentaire en appelant Marie Ndiaye à un « devoir de réserve » (une remarque digne de Frédéric Lefebvre soit dit en passant !), alors j’ai foncé.

 

Trois cent dix-sept pages plus tard, ma conclusion est la suivante : les habitudes ont parfois du bon. Dès la première phrase, qui ne fait pas moins de 10 lignes (hallucinant), j’ai senti que Marie et moi, on n’allait pas être copines. Pourtant, je me targue d’être assez exigeante en littérature et les Levy, Gavalda et autres ne sont pas ma tasse de thé.

Mais là, quelle galère : arrivée au bout, j’avais déjà oublié le sujet de la phrase. Et c’est ainsi tout le long du roman. J’ai même compté une phrase de 37 lignes : elle n’en finissait tellement plus que j’ai dû m’y reprendre à trois fois pour la saisir… à peu près. Forcément c’est décourageant. Toutefois, on ne peut que s’incliner devant la parfaite maîtrise de la langue française dont fait preuve l’auteur : chapeau bas même. Sauf que ça ne suffit pas ; en ce qui me concerne, c’est même une entrave au plaisir. J’ai eu l’impression qu’à la fin on allait me demander un commentaire composé.

 

Un petit topo néanmoins sur l’histoire pour ceux et celles que je n’aurais pas dégoûté ou qui l’auraient déjà acheté. Trois femmes puissantes : trois nouvelles en fait sur des femmes qui se battent pour préserver leur dignité au-delà de la noirceur de la vie et des épreuves auxquelles elles sont confrontées. C’est de cette manière que nous le présente l’éditeur. Je veux bien pour le premier et le troisième récit, hélas trop courts pour être puissamment évocateurs à mon sens, mais le second est du point de vue du compagnon de l’une d’entre elles.

 

A en croire la presse à l’endroit de ce roman (« prouesse littéraire », « profondeur introspective », « classicisme somptueux »), je suis passée complètement à côté. Peut-être l’ai-je lu trop tôt et qu’en y revenant dans quelques années, je l’apprécierais à la valeur que tout le monde semble lui accorder.

 

 

Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes, Gallimard, 2009, 315 p.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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