Lecture : Trick Baby d'Iceberg Slim

Publié le 21 Juin 2010

 

trick-baby.jpgJ’ai du mal à aller spontanément vers des littératures dont je ne connais rien (c’est que je suis une grande aventureuse moi !). Heureusement, il y a les potes et les cop’s pour élargir mon horizon. C’est à quelqu’un (ouais bon, un gars quoi ! Merci qui ? Merci FB !) que je n’avais pas vu depuis une quinzaine d’années (pfiou et une nouvelle ride, une !) que je dois le coup de poing littéraire que je viens de me manger avec Trick Baby d’Iceberg Slim.

 

Octobre 1960, Iceberg Slim croupit dans la prison de Chicago quand on lui colle un coloc’ surnommé White Folks ou Trick Baby. Ce métisse à la peau blanche va y rester dix jours, le temps de lui raconter comment il est devenu un arnaqueur phénoménal dès l’âge de 16 ans. Son intronisation dans le monde des gangsters commencent au lendemain du viol de sa mère par une bande de lascars du ghetto. Pour éviter le placement en foyer, il n’a que la fuite comme perspective. Old Blue va le recueillir et lui apprendre toutes les ficelles du métier : enveloppe truquée, roulette trafiquée, profilage de cibles, technique de l’appât, faux diamants… Une vie faite d’argent facile, de putes en veux-tu en voilà, de grosses Cadillac, de costards sur mesure… jusqu’au jour où le duo s’attaque à un parrain de la mafia.

 

Le verbe est cru, brûlant et les mots claquent à chaque ligne ; on entendrait presque les balles siffler derrière les oreilles. Les dialogues sont ciselés au cran d’arrêt, le tout dans une atmosphère noire, très noire. Mais pour dresser le portrait du Chicago des années 40-50, pouvait-il en être autrement ? Les maîtres-mots de cette époque sont racisme, ségrégation, violence, misère, meurtre… des vices qui rongent l’Amérique de l’intérieur jusqu’à la putréfaction. Et pourtant, au-delà de cette noirceur se noue une relation profonde et sincère – paternelle ou fraternelle, c’est selon – celle qui unit Old Blue et White Folks, empreinte de valeurs quasi-nobles.

 

Trick Baby est un grand roman, à lire absolument et dont on devine l’immense influence sur la culture afro-américaine (cinéma des années 70, hip-hop, rap…). A en croire celui qui me l’a conseillé, si celui-là m’a scotché alors Mama Black Widow du même Iceberg Slim va m’achever. Si vous n’entendez plus parler de moi, au moins vous saurez pourquoi.



Iceberg Slim, Trick Baby, Points, 2009, 343 p.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

Repost 0
Commenter cet article