Lecture : Si tu meurs je te tue de Philippe Sohier

Publié le 28 Mai 2010

 

Si-tu-meurs-je-te-tue.jpgEn général, les histoires d’amour me font chier, alors les romans d’amour français et courts n’ont pas spontanément mes faveurs. C’est vraisemblablement pour toutes ces raisons que le Philippe Sohier, Si tu meurs, je te tue, comatait en vrac dans la bibliothèque depuis quelques mois déjà.

Comme pour le reste, ça m’a pris un matin comme une envie de pisser, je l’ai embarqué dans mon sac avant de filer prendre mon métro en me disant why not (oui oui je suis bilingue à mes heures perdues !). J’avais le choix entre des polars, un Norman Mailer (celui-là, j’avoue, j’ai cru déceler des toiles d’araignée), un Abécassis ou un truc sud-américain. Et puis, allez savoir, ce mardi-là, le titre m’a interpellé alors que je n’y avais pas particulièrement prêté attention jusqu’à présent.

 

« Si tu meurs, je te tue » est l’ultimatum que lance le narrateur à Marthe, la femme qu’il prétend aimer lorsqu’il apprend qu’elle est malade. Lui sculpteur alcoolique, probablement de génie mais pas assez rigoureux pour avoir percé, tombe amoureux de la gentillesse faite femme. Une forme d’amour passionné, excessive… extrémiste peut-être. Il est de ceux qui veulent prendre possession de l’autre totalement jusqu’à dilution de l’un dans l’autre : une vision bien au-delà de la jalousie et qui laisse sur le bord du chemin la pudeur, la gêne et la honte. Un amour qui ne laisse pas de place aux autres, aux amis, à l’enfant potentiel parce que quand on aime de cette manière, le corps de l’être aimé ne se partage pas. S’il pouvait mettre sa Marthe sous une cloche de cristal, nul doute qu’il l’aurait fait et tant pis si cela signifiait pour elle et lui de ne plus exister vraiment. Jusqu’au jour où il franchit la limite tacite et amèrement la liberté s’impose à lui.

 

Certes il n’y a rien d’inédit sur le fond chez Philippe Sohier : c’est quand on a perdu l’objet de son amour qu’on se rend compte à quel point il nous manque, qu’on réalise à quel point on a été con et qu’il est illusoire d’avoir cru qu’un être de chair pouvait vous appartenir. Mais sur la forme, quelle claque !

J’ai encore des onomatopées qui me viennent à l’esprit mais je vais tenter de me hisser au niveau de son écriture. Pourtant, les premières pages ne m’ont pas plu. Je ne crois pas être spécialement vertueuse mais le coup de la rivière qui coule entre les jambes de Marthe a plutôt eu tendance à me gaver : trop facile. Heureusement viennent ensuite des petits moments de grâce, pas trop longs (il ne s’agirait pas non plus d’y prendre goût) mais d’une rare justesse sur la profondeur du sentiment amoureux et son ambivalence. Quiconque a aimé pleinement, sans être nécessairement aussi radical, voit instantanément de quoi il retourne. Ces secondes fugaces au cours desquelles violence et caresse sont intimement liées ; ces instants où les mots se bousculent dans la bouche mais où seul le silence est suffisamment éloquent ; ces moments où le simple fait de sentir la présence de l’autre à vos côtés suffit à vous procurer un inaltérable moment de plénitude.

Toute la qualité de Philippe Sohier réside dans cette capacité à avoir su saisir et sublimer ce qui me fait vivre : une révélation !

 

 

Philippe Sohier, Si tu meurs je te tue, Stéphane Million Editeur, 2009, 195 p.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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