Lecture : Saleté ! de Chloé Alifax

Publié le 24 Novembre 2009

 

« Saleté ! devrait te plaire ! ». C’est avec ces mots que Stéphane Million m’a convaincue de lui acheter le premier roman de la jeune Chloé Alifax (25 ans pour un bouquin, ça m’épate un peu quand même…).
Première digression, si vous voulez faire de même, je ne peux que vous renvoyer vers le site de ce petit nouveau du monde de l’édition (
http://stephanemillionediteur.fr/), toutes les librairies ne référençant pas (encore) ces publications.
 

Quelques jours plus tard, je reçois l’enveloppe dans ma boîte aux lettres et je lis vaguement la quatrième de couverture, comme à mon habitude. Grave erreur pour cette fois : elle m’a découragée et le roman a pris la poussière quelques semaines sur une étagère de ma bibliothèque. Je n’ai pas accroché au résumé : rétrospectivement, c’est comme ci on avait cherché à synthétiser en huit lignes toute la poésie baroque de Chloé Alifax.

Finalement, comme j’avais un long voyage en métro à faire, j’ai farfouillé dans ma pile de bouquins en attente, et celui-là m’a semblé parfait pour un périple au contact de mes aimables congénères urbains. Bien m’en a pris, puisque dès le deuxième chapitre, Saleté ! m’a submergée.

 

A 25 ans, Chloé Alifax (l’héroïne) travaille comme femme de ménage au Centre des Trèfles sauvages qui accueille des mômes au psychisme abîmé. L’univers de la jeune fille tourne autour de ses rendez-vous chez un psy insipide, ses dialogues intenses et parfois virulents avec des personnages imaginaires et son attachement à quatre enfants cassés du Centre, ses têtes de pipe comme elle les surnomme.

Mais Chloé ne rêve que de s’échapper de ce monde gris et sinistre. Subrepticement, la couleur s’est immiscée dans le quotidien de Chloé : il y a la jupe orange, le canard bleu cancéreux, le docteur jaune pamplemousse, les boîtes arc-en-ciel… De la couleur pour pallier l’indicible traumatisme qu’a vécu Chloé, enfant. Car, derrière la Chloé déjantée se cache une enfant coincée dans sa souffrance et que l’auteur met à nu page après page.

 

Il faut du temps pour parvenir au cœur des failles de la jeune femme et paradoxalement, le seul moyen d’y parvenir est de défier le déroulement linéaire des événements et d’aller d’avant en arrière au gré des crises de Chloé. C’est forcément crû parce que violent et imprévisible mais aussi naïf et poétique. Chloé Alifax (l’auteur cette fois, vous me suivez) joue à merveille avec les émotions de tout ce petit monde bigarré pour mieux nous bouleverser : la quête insatiable de l’innocence perdue, l’hypocrisie des adultes, la difficulté de la résilience si à la mode chez les « fashion psy » sont au cœur de ce premier roman saisissant et qui détonne sur une planète littéraire trop formaliste.

 

Chloé Alifax, Saleté !, Stéphane Million Editeur, 2009, 240 p. 

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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