Lecture : Restons-en là de France Cavalié

Publié le 16 Avril 2013

restons-en-la.jpgChère Violette,

 

Tu ne t’offusqueras pas de ce tutoiement j’espère mais il m’est si naturel, si évident. C’est aussi par évidence que je m’adresse directement à toi plutôt qu’à ta créatrice France Cavalié. Même si c’est elle qui te donne corps dans Restons-en là, c’est à toi que je veux, que je dois m’adresser. Tu m’es si proche, si douloureusement proche.

Bien sûr, je savais à quoi m’attendre en lisant ces presque 200 pages : mais il fallait que j’y aille… pour voir, par solidarité.

Et j’ai lu et pris de plein fouet ton chagrin, ton incompréhension, tes espoirs, ton déni, ta colère, tes refus, tes larmes, ta frustration, ta rage, ton amertume, tes souvenirs… Ils me sont si familiers.

 

Pourtant, nous n’avons pas le même âge : tu dois avoir une petite quinzaine d’années de plus que moi, pas la même trajectoire. J’ai deux enfants, pas toi ; tu t’éclates dans ton boulot, pas moi ; la vie m’a relativement épargnée, pas toi ; tu es parisienne dans l’âme, pas moi. Mais certaines peines transcendent les différences et la manière de vivre les choses nous rapprochent. Et si tu ne me connais pas, moi, j’ai l’impression de ne rien ignorer de toi.

 

Je fais ta connaissance au moment où tu as la gueule cassée et le cœur brisée. « Restons-en là. » Ce sont les derniers mots d’Antoine, ton amoureux. Enfin… Les mots. Pas tout à fait : un mail, un mail maudit comme tu le dis. Et comme ça, d’un coup d’un seul, sans vraiment l’avoir vu venir, ou avoir voulu le voir, ton univers s’effondre. C’est d’une banalité effrayante tu le sais bien ; mais tu t’en fous. C’est ton épreuve et le pire, c’est que tu n’y comprends rien. Tout ton corps réclame des explications mais tu n’en auras pas. Tu interprètes les signes, tu refuses cette réalité comme si c’était un malentendu. Tu vis tes journées en pilotage automatique et tu t’enfonces. Tu as beau savoir qu’il y a pire comme drame, mais c’est le tien. Et il est si bien écrit.

 

France Cavalié est d’une dignité rare : elle sonde ton âme et la recrache sur le papier sans retenue mais avec une telle justesse. Elle a ce talent de magnifier ta souffrance, une souffrance tant éprouvée en littérature, mais tout en discrétion.

Elle évoque tes fantômes, tes regrets, tes petits arrangements avec la vérité sans jugement aucun. Elle ne te porte pas. C’est à toi de trouver les ressources pour continuer et ne plus avoir peur. Il te faudra du temps. Cette phrase qu’on a dû te répéter si souvent et qui te rendait dingue. D’ailleurs, c’est simple, la folie tu as cru la frôler. Comme si le fait de savoir que tu n’étais pas la première, ni la dernière à vivre une rupture pouvait t’aider. Jusqu’à ce que le souffle de la vie pénètre tes poumons à nouveau…

 

Merci Violette.

 

 

France Cavalié, Restons-en là, Stéphane Million Editeur, 203 p.
 
 
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Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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