Lecture : Mère et fille, un roman d'Eliette Abécassis

Publié le 9 Juin 2010

 

Mere-et-fille.jpgVers 22 ans (enfin je crois, ça commence à dater maintenant), j’ai traversé une mini-phase mystique qui s’est manifesté par un vif intérêt pour tout ce qui touchait aux manuscrits de la mer morte et aux origines des grandes religions monothéistes. Si vous n’avez aucune idée de ce dont je parle, on s’en fout parce que c’est pas du tout le sujet de ce billet. Ca me permet juste de vous dire que c’est comme ça que j’ai découvert Eliette Abécassis avec son roman Qumran. Depuis, j’ai suivi de loin ce qu’elle écrivait et comme j’ai vieilli grandi, j’ai d’autres centres d’intérêt et notamment tout ce qui touche à une approche politiquement incorrecte de la maternité et du rapport sacré mère enfant. Je me traîne, je me traîne pour vous parler du dernier bouquin que je viens d’avaler (36 heures pour 172 pages : aucun mérite !) : Mère et fille, un roman.

 

Abécassis a fictionné (le terme n’existe pas mais c’est pour distinguer d’une biographie) le rapport entre Sonia et Nathalie Rykiel, deux figures emblématiques de la mode à un moment crucial de la vie de la mère. Elle est âgée et sa fille veut désormais occuper le fauteuil de présidente du groupe, une manière finalement de s’affirmer en tant que femme à part entière et de couper (enfin) le cordon. En dehors du fait que ce n’est pas ce à quoi je m’attendais, je suis hyper déçue. C’est verbeux, bavard, long… bref chiant et même pas émouvant. Dommage parce que j’imagine qu’Eliette Abécassis aurait eu des choses intéressantes à dire sur le sujet (comme d’ailleurs beaucoup d’entre nous, mais passons), le tout d’une manière mordante et incisive comme elle a pu le faire par le passé. Là, c’est le loupé total, en tout cas sur ce lien si complexe, si tourmenté et pourtant décisif dans la construction de notre identité féminine.

 

Restent néanmoins de jolis passages qui m’ont profondément remué les tripes - question de circonstances - et je ne résiste pas à l’envie de vous en citer un.

« […]et il y a des femmes enchaînées dans les torpeurs de la féminité (…) qui passent à côté de leur vie ; et il y a des moments dans la vie où il n’arrive rien, comme si l’on était endormie dans un sommeil profond, et soudain, sans que l’on sache vraiment pourquoi, tout cède et l’on s’abandonne : déchirement de la féminité, abandon de soi, découverte de l’amour par le rituel des corps qui révèle, passage initiatique qui rend femme la femme. Et c’est d’une violence et d’une vérité extrêmes, et ces moments-là sont les plus précieux et les plus intenses qu’il soit donné de vivre à une femme. »

Je comprends exactement à quoi elle fait allusion et je connais cette douleur salvatrice du voile qui se lève et qui signe le début d’une nouvelle ère. Mais évidemment, une dizaine de lignes dans tout un roman, ce n’est pas suffisant et le plus étonnant c’est que cette révélation n’est aucunement corrélée à une évolution brutale du rapport mère-fille mais à une rencontre masculine. C’est à n’y rien comprendre ou alors mes neurones étaient trop impliqués dans le sujet et elles ont préféré se mettre en veille. Parce qu’à trente et quelques, et encore plus lorsqu’on est mère, forcément la question nous taraude : quelle mère est-on, quelle fille de… est-on ? Enfin, en tout cas, moi ça occupe mon esprit ponctuellement et j’aurais aimé trouver des sources alimentant ma réflexion (oui, je suis aussi une nana qui aime se prendre la tête, mais croyez-le ou non, c’est ce qui fait tout mon charme).

Donc, si vous en êtes là dans vos débats intérieurs existentiels, ce roman ne vous apportera rien, mais si vous êtes en galère quelque part pendant une vingtaine d’heures, alors pourquoi pas.

 

 

Eliette Abécassis, Mère et fille, un roman, LGF, 2010, 123 p.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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Tatou 16/06/2010 09:03


Qumran, moi aussi !!!