Lecture : Les Visages de Jesse Kellerman

Publié le 20 Décembre 2009

Les Visages KellermanCette fois-ci, j’aurais dû être plus attentive à la quatrième de couv' du premier roman de Jesse Kellerman (oui oui le "fils de" pour les amateurs de polars) Les Visages. A ma décharge, la couverture de ce polar (parce que c’en est un, j’ai omis de le signaler) est ensorcelante. Contrairement à ses sœurs de rayons, celle-ci est blanche et forcément dans un rayon à tendance obscure, elle attire l’œil. Mais j’en reviens à ma faute d’inattention : je n’ai retenu que les termes « meilleur thriller de l’année », « talent de cette ampleur ». Sauf que si j’avais été jusqu’au bout, j’aurais remarqué que le compliment venait de Harlan Coben. Et à mon sens, il est loin de mériter d’être au Panthéon des auteurs de polars. C’est comme si Marc Levy avait rédigé un commentaire sur le premier roman d’Anna Gavalda du style « une écriture d’une rare subtilité ». Rétrospectivement, vous vous rendez bien compte de ce que vous alliez avoir entre les mains, non ?

Mais revenons à ce livre que l’éditeur n’hésite pas à comparer à Mystic River de Dennis Lehane (légère, mais très légère exagération hallucinante).

 

Ethan Muller est un jeune galeriste new-yorkais, fils d’une riche famille et dévoré d’ambition. C’est grâce au bras droit de son père, à qui il ne parle plus depuis des années, qu’il met la main sur des dessins fascinants, baroques, hypnotiques. Des dessins dont le propriétaire, Victor Crack a disparu. Littéralement enfiévré par sa découverte monumentale, il décide de les exposer. Le succès est immense et alimenté par le mystérieux artiste. Jusqu’au jour, où un flic retraité agonisant reconnaît sur certaines œuvres les portraits d’enfants violés et assassinés des années plus tôt et dont le meurtrier n’a jamais été retrouvé.

 

Normalement, à cet instant, vous trépignez encore de découvrir la suite. D’autant que la description des dits-dessins est quasi-cinématographique : ils tiennent à la fois de Bosh, de Michel-Ange, de Bruegel et probablement d’autres peintres géniaux mais ma culture est très limitée dans le domaine. On imagine un artiste tordu mais d’une intelligence exceptionnelle, un talent monstrueux.

Sauf que c’est presque le seul passage brillant de ce roman car pour le reste, l’intrigue se traîne, pas de suspens, pas d’angoisse. Au moins, vous ne risquez pas d’insomnie parce que vous êtes dévoré par la curiosité (c’est toujours ça). Les protagonistes sont insipides : d’abord parce qu’ils ne sont pas assez marquants ou charismatiques et ensuite parce qu’ils traversent trop fugacement les lignes. Ici pas de flic génial et torturé, pas d’assassins démoniaques ou de journalistes fouineurs : bref pas d’intelligence chez les personnages. La résolution du crime devient secondaire, encore que le terme n’est pas approprié car pour être secondaire, il faudrait qu’il y ait un élément dominant : ce n’est pas le cas.

 

L’intrigue s’enlise péniblement avec des « interludes » sur la famille du galeriste pour aboutir à un dénouement réduit à son strict minimum. Reconnaissons toutefois l’honnêteté de Jesse Kellerman sur le sujet : « ceux d’entre vous qui attendaient une fin spectaculaire risquent d’être un peu déçus et je m’en excuse. » Alors là oui Jesse, c’est le moins que tu puisses faire, tu aurais même dû nous en parler dès le début de ton problème de fin calamiteuse. Ceci dit, je m’en doutais un peu vu le temps que j’ai mis à boucler Les Visages : 10 jours pour un polar c’est extrêmement long pour ma part. Les meilleurs ne me résistent même pas une nuit.

 

 

 

Jesse Kellerman, Les Visages, Sonatine, 2009, 471 p. 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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