Lecture : La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano

Publié le 11 Mai 2010

 

La-solitude-des-nombres-premiers.jpgLorsque La solitude des nombres premiers est sorti en librairie, le titre lui-même m’empêchait de l’acheter. La simple évocation des maths me file des sueurs froides : rien à faire je me braque (ce qui est étonnant quand on connaît mon doux caractère). Pourtant, il s’agissait du premier roman d’un tout jeune auteur, Paolo Giordano (beau gosse de surcroît), auréolé de l’équivalent italien de notre Goncourt. Mais non, j’avais pas envie.

Et puis, il est paru en poche et comme j’étais en rade de bouquins et de tunes, je me suis ravisée (ça c’est la nouvelle moi) et je l’ai commandé à ma libraire préférée.

 

Rapide cours de maths pour vous aider à comprendre le titre (et puis ça fait jamais de mal hein ?) : les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes. Ils sont donc par nature seuls, mais dans la galaxie algébrique, certains possèdent un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair (vous avez intérêt à suivre, je vous fais une interro demain).


A leur manière, Mattia et Alice sont une personnification de ces nombres mythiques. Le premier, surdoué, est responsable involontairement de la disparition de sa sœur jumelle de 10 ans. La seconde, légèrement handicapée après un accident de ski, est toute entière consumée par l’anorexie et le manque d’affection. Lorsque ces deux êtres perdus se croisent pour la première fois à l’adolescence, ils ne peuvent que se reconnaître dans leur solitude et leur isolement réciproques. Tout au long de leur existence, ces deux âmes n’auront de cesse de se croiser, de se frôler, de s’écarter l’un de l’autre sans jamais parvenir à se trouver réellement.

 

Paolo Giordano évoque en flashs successifs les deux non-existences d’Alice et de Mattia très sobrement. En pure scientifique qu’il est (doctorant en physique), il tente de mettre de la distance entre lui et ses deux personnages fragiles et désespérés mais son écriture est empreinte d’une douce mélancolie. Comme s’il déplorait son impuissance à influer sur la psychologie et la destinée de ces "jumeaux" tragiques qu’il aurait tant souhaité voir se combiner. Et c’est presque apaisé qu’on termine ce roman dépouillé, résigné à l’idée que les âmes sœurs ne sont pas nécessairement vouées à vivre ensemble et heureuses.

 

 

Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers, Points, 2010, 342 p.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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ewe 17/10/2012 02:24

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.22- THÉORÈME ÉTAT. - Nombres Premiers et Conscience.

La librivore 14/07/2010 22:37


je trouve ton commentaire très original. il m'a bien plu.


Jenny Grumpy 20/07/2010 16:17



De mon côté, je viens de découvrir Litterama avec grand plaisir.