Lecture : La femme infidèle de Philippe Vilain

Publié le 27 Février 2013

La littérature a fait la part belle à l’adultère… du point de vue féminin. Emma B., Anna K., Constance C., Hester P….

La femme infidèle est romanesque, névrosée, légère, insouciante et du mari trompé, souvent on ne sait rien, ou si peu. Il est fadasse, inconsistant : il n’existe finalement que par l’adultère commis par son épouse.

Philippe Vilain rétablit l’équilibre. De la femme qui donne son titre au roman, on n’apprend peu de chose finalement : Morgan, une jolie consultante d’une trentaine d’années bien engagées, brune peut-être. D’ailleurs on l’oublie. Elle se résume finalement à un SMS : "Je suis ta salope" que Pierre Grimaldi découvre sur son portable, un message qu’il n’a jamais reçu puisqu’il n’en est pas le destinataire. Parce que Pierre, qu’on aurait envie d’appeler Pierrot, est le mari trompé et il est le cœur du roman.

 

Comptable, chef comptable pardon, Pierre Grimaldi a tout du chouette mec. Marié depuis huit ans, attentif aux petits plaisirs que lui procure le quotidien et émerveillé d’être toujours amoureux. Un homme qui a tout misé sur sa femme, son amour, son couple : sa grande erreur aurait-on envie de dire. Ça et ce geste malheureux et irréfléchi : regarder le portable posé sur la bibliothèque, celui de Morgan, alors que le doute n’avait pas (encore) sa place dans sa vie, que le ver n’était pas dans le fruit. Et en un quart de seconde, sa vie bascule.

 

Philipe Vilain dresse le portrait d’un homme sidéré, sous le choc, presque victime d’un traumatisme. Et c’est douloureux. Putain, que ça fait mal de lire les mots de Pierre ! Cet homme qui refuse de croire à la réalité de ce qui lui arrive, qui n’agit pas parce que le chagrin, la colère sont insurmontables. Parce que le statu quo est préférable aux bouleversements qu’une confrontation pourrait générer. A ceux qui ont relégué l’amour et certaines valeurs au second plan de leur vie, ou qui n’ont pas bâti leur couple sur la confiance, les états d’âmes de Pierre ne parleront pas. Aux autres, à ceux qui appréhendent de vivre une telle situation ou à ceux qui l’ont vécue, ils résonneront avec une acuité bouleversante. Et à celles qui l’auraient infligée, la douleur prend corps. De voir les mots imprimés sur le papier, elle changerait presque de camp, sauf que celle-là est illégitime.

Parce que dans "La femme infidèle", seule celle de Pierre n’a de valeur : la découverte de l’infidélité est le point de départ d’une profonde et éprouvante mise en perspective du couple. Un couple dans lequel l’humiliation, la honte, la jalousie, l’abîme prennent le pas sur la franchise, la sécurité et le cœur.

 

Evidemment que sur le fond, on pourrait reprocher à Philipe Vilain d’être trop manichéen, comme si l’infidélité était unilatérale et arrivait par hasard. Mais pour une fois que la femme n’a pas la parole. Et puis, Pierre ne se victimise pas. Il s’interroge, l’interroge elle, eux : il laisse le temps faire son œuvre. Et le verbe est beau, sobre, délicat. "La femme infidèle" se lit en 24 heures, parce que plus, ce serait trop, presque insoutenable.

 

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Rédigé par Jenny Grumpy

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