Lecture : J'étais derrière toi de Nicolas Fargues

Publié le 9 Janvier 2010

j-etais_derriere_toi.jpgVous résumer J’étais derrière toi de Nicolas Fargues (le très séduisant Nicolas Fargues, allez jeter un œil) pourrait vous donner envie de passer votre chemin tant le sujet est banal. Un homme de trente ans, marié à une femme despotique (limite castratrice) avec deux enfants à charge est confronté à la profonde remise en cause de son couple, de la famille et de l’amour en général. Le besoin de séduire et de se rassurer, l’adultère en semblent les facteurs déclencheurs, encore que…

Mais vous auriez tort de ne pas aller au bout de cet étrange monologue tenant à la fois de la confidence, de la complainte et de l’auto-analyse. Au-delà de la trivialité de la séparation et de la rencontre, Nicolas Fargues dresse le portrait d’un homme en pleine contradiction ; lâche, sensible, bouleversé et hypocrite et qui doit faire avec tout ça pour se retrouver et continuer à avancer.

 

Je n’ai pas d’attirance particulière pour ce courant littéraire français d’autofiction dans lequel des auteurs se racontent, se lamentent et se regardent le nombril dans un style plutôt médiocre sans amorcer un soupçon de réflexion sur ce qui les préoccupe. Alors lorsque c’est fait avec talent, ça vous bouleverse forcément, ça vous retourne les tripes et vous met le cœur en vrac. Nicolas Fargues ne se cache pas derrière des effets de style bavards à n’en plus finir : il se met à nu et vous déballe toute sa vérité dans sa misère la plus sinistre.

 

Le mariage et ses promesses de fidélité éternelle en prennent pour leur grade : ne serait-ce pas la peur qui nous tiraille lorsque l’on se refuse à regarder les choses en face, et la douleur d’assister impuissant à une histoire d’amour qui se dégrade malgré les concessions perpétuelles ? Jusqu’où peut-on se diluer dans l’autre pour ne pas reconnaître que son couple se délite inexorablement ? Comment faire avec cette culpabilité qui nous écrase et nous englue dans un quotidien qui ne nous convient plus, alors que nos envies nous portent vers d’autres choix aux antipodes de notre définition du bonheur ?

Le bonheur, sa quête insatiable et vertigineuse sont précisément au cœur du poignant roman de Nicolas Fargues, écrit dans une langue tantôt langoureuse tantôt incisive mais douloureusement juste. J’étais derrière toi est un roman essentiel qui se dévore en quelques heures par une belle nuit glaciale d’insomnie. Attention toutefois, il vous fera mal, très mal même.

 

Nicolas Fargues, J'étais derrière toi, Folio, 2007, 235 p. 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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Nicolas 26/04/2010 19:34


Comme toi, j'ai bien aimé, même si, tout comme toi, je n'adhère pas du tout à ce type d'histoire. C'est fluide et dynamique, et, même si ça s'essouffle un peu à la fin, c'est un grand plaisir de
lecture.


SO 11/01/2010 18:22


Je l'avais lu et je n'avais pas adoré ce "trop de déballage" justement, cru et vulgaire parfois mais peut-être est-ce simplement parce qu'il m'avait mise mal à l'aise...