Lecture : Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra

Publié le 19 Octobre 2009

« Si tu veux faire de ta vie un maillon d’éternité et rester lucide jusque dans le cœur du délire, aime… Aime de toutes tes forces, aime comme si tu ne savais rien faire d’autre, aime à rendre jaloux les princes et les dieux, car c’est en l’amour que toute laideur se découvre une beauté. […] Celui qui passe à côté de la plus belle histoire de sa vie n’aura que l’âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme. » Ce sont les derniers mots de Mahi sur son lit de mort à son neveu Younes. Younes, petit arabe de 9 ans que son père ne peut plus élever et qu’il confie à son oncle, un pharmacien de l’Oranais marié à une française. Débutant dans l’Algérie des années 30, le 23e roman de Yasmina Khadra balaie toute l’histoire moderne de ce ténébreux pays à travers la non-histoire de son héros.

 

Younes, rebaptisé Jonas, grandit parmi la communauté des colons et se lie d’amitiés profondes avec les garçons de Rio Salado. S’il perçoit parfois les différences qui existent entre eux et entend certains sarcasmes humiliants, il ne s’y attarde pas et mesure tous les privilèges de son environnement bourgeois.

Mais les jours de cette Algérie tranquille sont comptés : déjà la colère sourde gronde parmi les arabes d’Algérie. Le colonialisme sombre dans un bain de sang et de violence inouïe.

 

Comment choisir entre l’amitié, sa famille, ses origines, ses amours quand on n’a pas trouvé sa place ? Est-il possible de passer à côté de sa vie par lâcheté ? C’est toute la tragédie de Younes qui toute son existence n’aura de cesse de refuser de choisir, laissant d’abord filer le grand amour pour ensuite passer sa vie à le chasser.

 

Lumineux et bouleversant, Ce que le jour doit à la nuit est un hymne à l’amour à l’Algérie et à ses habitants. Infatigable optimiste, Yasmina Khadra croit à la réconciliation de toutes les identités de son magnifique pays et il met son écriture fluide et poétique au service de cette quasi « profession de foi ». Prix France Télévision 2008 et meilleur livre de l’année 2008 pour le magasine Lire, ce roman n’est cependant pas le plus subtil roman de Khadra. Bien sûr que l’on voudrait croire à cette fraternité éternelle, à cette amitié indéfectible. Qu’il serait beau de penser que le temps efface les blessures de guerre, les tortures, les trahisons, les massacres et qu’il suffit que les années passent pour que des vieillards, harkis, pieds-noirs et arabes, se tombent dans les bras. Hélas, l’histoire nous rappelle sans cesse que les séquelles de la guerre sont indélébiles. Et tout le talent de ce brillant écrivain ne parvienne pas à créer l’illusion.

 

 


Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit, Pocket, 2009, 437 p.

 

 

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Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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