J'aimerais être un galet

Publié le 20 Août 2012

"Accepte les choses sinon ça va te bouffer !". Ça, c’est ma mère qui tente de m’apaiser lorsque je me m’échauffe toute seule, un peu comme cette petite grenouille dans la vieille pub Badoit. Celle qui gueule "Ça m’énerve !!!!!", c’est un peu moi.

C’est le côté obscur des hyper-sensibles : ils prennent tout à cœur et quand en plus, c’est couplé avec un léger penchant à vouloir tout maîtriser (un trait de caractère – génétique ? – assez féminin je crois)… C’est la merde et ça épuise.

 

Quelques minutes de réflexion auront suffi à aboutir à la conclusion suivante : J’aimerais être un galet.

Oui, parfois devenir ce fragment de roche à l’aspect arrondi, poli et lisse me comblerait à tout point de vue. Ainsi, les événements, les douleurs, les blessures, les chagrins, les coups durs glisseraient sur moi : ils m’éroderaient peut-être un peu davantage, mais imperceptiblement, en douceur et il faudrait des années pour que ma forme et mon moi de galet soient atteints en profondeur.

Evidemment, le bon galet que je serais saurait séparer le bon grain de l’ivraie ; en clair discerner le potentiellement affligeant de l’émotionnellement agréable et plus encore. J’entends bien les objections qu’une telle conception affective pourrait soulever : "mais ma grande, ce sont les petits chagrins qui rendent les bonheurs encore plus évidents !" Malraux, Voltaire, Shakespeare auraient aussi eu leur mot à dire : je les entends murmurer à mon oreille. "La douleur est aussi nécessaire que la mort." ; "Toute douleur qui n'aide personne est absurde." Rien à foutre ; je voudrais choisir ce qui m’atteint ou pas.

 

Ainsi, les déboires professionnels de tous ordres me laisseraient de marbre ; la mauvaise foi des uns viendraient s’échouer sur mes flancs lustrés ; les peurs d’être remplacée dans le cœur des mômes balayées par les vents marins ; la jalousie s’écumerait sur ma rondeur. Mon moi galet flotterait au-dessus des mesquineries, contemplerait les blessures qui égratignent l’âme… et puis rien. Je suis un galet vous dis-je.

 

La mort de l’être cher, l’échec, la colère, le désemparement, l’impatience existeraient toujours, mais ils m’envelopperaient tout au plus. Je n’aurais que le beau, le merveilleux, l’amoureux, l’enfantin, la pureté, la spontanéité, l’insouciance ; je lâcherais prise. 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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