Génération Grand Bleu ?

Publié le 14 Juin 2010

 

Le-grand-bleu.jpgSi tu as accroché l’affiche du film dans ta chambre de môme, collé des photos de dauphins dans ton cahier de texte, tanné tes parents pour qu’ils t’inscrivent à des cours de plongée, eu tes premiers fantasmes devant le petit cul de Jean-Marc Barre (ou les seins de Rosanna Arquette au choix), décrété que le dauphin était l’animal le plus intelligent du monde et que ton rêve absolu était de nager avec ce mammifère… c’est qu’à l’époque tu as kiffé Le Grand Bleu de Luc Besson (sauf qu’au début des années 90, on ne disait pas encore kiffer).

Maintenant, si tu viens de te précipiter dans tes toilettes pour admirer le fond de ta cuvette et son eau bleutée, si la B.O. du film est toujours dans ta cdthèque (ou pire dans ton mp3), si tu as nommé (ou longuement négocié et perdu la bataille) ton enfant Enzo (bah oui faut quand même reconnaître que Jacques, ça ne le faisait pas), si ton premier voyage d’adulte à l’étranger était la Grèce et si pour rien au monde tu n’aurais loupé la rediffusion de la version longue lundi soir sur France 4 ; alors le verdict est sans appel. Tu es estampillé Génération Grand Bleu.

 

Peut-être même que certains d’entre vous ont semé des messages sur des forums du style « ce film a changé ma vie ». A titre personnel, je ne me reconnais pas dans ce film et même si je me suis probablement passé en boucle le film sur mon magnétoscope, pendant deux ou trois mois j’ai du mal à comprendre le phénomène. Ceci dit, le concept de fan me dépasse toujours et sans être foncièrement en marge (pas du tout même), je n’ai pas non plus un fort instinct grégaire. Il paraît que ce film symbolisait l’échappatoire ultime pour des ados angoissés à l’idée de grandir dans un monde qui voyait émerger le sida et exploser le chômage. Une métaphore à deux balles sur l’eau purificatrice ; l’océan comme symbole d’un espace vierge, lieu de toutes les libertés. Mouais…

 

Que reste-t-il du Grand Bleu aujourd’hui ? Non, je ne serais pas cynique dans mes propos. La partition d’Eric Serra a le don de m’exaspérer et se retrouve probablement dans des ascenseurs ou en musique d’attente d’une quelconque hotline, Jean-Marc Barr s’est engagé dans une carrière cinématographique atypique (comme écrasé par ce succès phénoménal) et me donne l’impression (enfin dans certaines interviews) d’avoir été privé d’oxygène trop longtemps. La génération Grand Bleu a changé de nom et passe de génération Sida à génération précaire ou génération désenchantée… et j’en oublie.

Et comble du comble, le phénomène « Génération Grand Bleu » est devenu un sujet que certains profs (on se demande quand ils sont nés ceux-là !!) donnent comme sujet à leurs élèves. C’est triste, non : un rêve de môme que l’on doit rendre sur une copie double avec une marge rouge à 5 centimètres ?

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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cc 28/10/2010 21:28


Bonsoir jenny

Bon ben pour une fois je vous trouve plutôt non pas pessimiste mais j'irais jusqu'à écrire presque négative. J'ai bien aimé le film sans trop me poser de questions et j'ai adoré la musique (je suis
moi-même musicien). Portez-vous bien. Vous devrier être déclarée d'utilité publique. Quelle pertinence et humour (oui je le sais je me répète!) dans tous vos articles. A bientôt.