Fin de contrat

Publié le 28 Décembre 2010

Je ne fais pas mystère de mon manque d’enthousiasme pour le CDI (je développe le sigle, histoire de ne pas vous perdre dès la première ligne : Contrat à Durée Indéterminée – non, je ne vous prends pas pour des cons !). En toute honnêteté, je devrais même employer le terme d’aversion à l’égard d’une certaine forme d’engagement dans le travail.

Je précise immédiatement qu’il ne s’agit nullement d’un manque de motivation ou d’une incapacité à m’investir professionnellement quand je suis dans le poste. Au contraire, le plus souvent, je me donne à fond et il peut m’arriver d’exceller dans ce que je fais, mais… Mais quoi d’abord ? Non contente d’avoir refusé plusieurs propositions de CDI sous parfois de fallacieux prétextes, je suis experte es-démission. Trois ou quatre démissions en 6 ans, certains ne s’en émouvraient pas (oui je sais, ça fait bizarre à lire, mais à prononcer aussi). Par contre, quitter son taf sans rien en backup est autrement plus inquiétant. Et c’est mon cas : je démissionne, même si je ne suis pas attendue ailleurs. Inconscience ? Instabilité chronique ? On s’en fout parce que ce n’est pas ce dont je suis venue vous parler aujourd’hui.

 

Car même si j’abhorre le CDI, j’aime encore moins les fins de contrat. Et en cette période de l’année où les couloirs sont désespérément vides, les portes closes, les loupiotes agonisantes, ils prennent une teinte toute particulière.

D’un point de vue strictement professionnel d’abord. Je traîne les pieds, j’ai du mal à boucler ce qui devrait l’être, mon temps de concentration se réduit ou plutôt se ramasse à certains moments de la journée. Mais ne vous y trompez pas, je m’acquitte avec professionnalisme de mes missions, j’y mets simplement moins d’entrain.

 

Le plus délicat à gérer est l’aspect relationnel. Me concernant, on bascule même dans le personnel. Il paraîtrait que je m’attache facilement. C’est probablement vrai et la sphère professionnelle ne fait pas exception à la règle. Longtemps, j’ai eu du mal à faire la part des choses, à ne pas me livrer entièrement à mes collègues. Aujourd’hui, je sais faire… un peu ! Mais que voulez-vous ? Partager un bureau avec quelqu’un neuf heures par jour, forcément, ça crée des liens. On papote, on fume des clopes, on boit des cafés, on se marre, on se fait des compliments… Parfois, on se confie, on laisse couler les larmes, on se montre les photos des mômes : on entrouvre la porte de son espace intime, voire plus si affinités.

 

Il y a ceux et/ou celles avec qui on a passé le plus d’heures et puis il y a les voisin(e)s de couloirs, ceux qui voient en vous un peu de fraîcheur, beaucoup de bonne humeur, un détachement salvateur par rapport au boulot, ceux qui vous disent que vous allez leur manquer. Pas uniquement pour les tâches que vous accomplissiez, non, mais aussi pour votre personnalité, votre sagacité, votre empathie…

Et là, le CDD (je ne développe pas hein ?) fait chier. Je n’aime pas les au-revoir. Et même s’il n’y a pas éloignement géographique (tout au plus une salve de marches présentement), on ne travaillera plus ensemble et tout est à recommencer ailleurs.

Je suis d’une maladresse effarante lorsqu’il s’agit de quitter un poste que j’ai aimé occuper. J’oscille entre l’émotion brute (très immature surtout dans le monde de l’entreprise) qui me verrait étaler mon cœur sur la table et le sarcasme détaché pour masquer les petites larmes (ces fourbes !) qui pourraient se pointer au coin de mon œil. Heureusement pour moi cette fois, le service n’est pas au complet pour cause de vacances. Ouf, j’échapperai ainsi à l’adieu collectif, à la tournée sans fin des bureaux, au mail dont on sélectionne soigneusement les destinataires. Et puis, surtout, je ne change pas de crémerie : donc pas (encore) de questions sur mon avenir professionnel. Tout le monde saura où me trouver et visiblement, c’est rassurant ! Pour qui, ça, je ne sais pas.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Quotidien

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Flo 28/12/2010 19:45


Ben c'est pour moi que c'est rassurant. Parce que 8 mois aussi vivifiants, drôles, émouvants, efficaces, instructifs, bouleversants, qqs problèmes de concentration, des confidences réciproques...
Une impression de tornade fragile. Ça ne s'oublie pas comme ça. Alors là te savoir pas loin, au chaud pour l'hiver... rassurée et heureuse donc.


Jenny Grumpy 28/12/2010 19:48



J'ai la gorge toute nouée en lisant ce commentaire. Pour le coup, la larme n'est pas loin.


Merci à toi, et d'avoir été là pendant cette période si particulière...



Moi 28/12/2010 19:35


Je ne me lasse pas de ta plume ma jolie bouille ...


Jenny Grumpy 28/12/2010 19:47



;-)