Et il ne restera que le mépris

Publié le 6 Décembre 2012

Un homme et une femme : le mythe fondateur, originel. Rien de nouveau sous le soleil. Biberonnée aux contes de fée et au couple parental qui s’aimèrent jusqu’à ce que la mort les sépare, elle s’est accrochée de toutes ses forces à son histoire. Mais elle a grandi, elle a mûri et son le conte de fée s’est achevé. Elle aimerait dire dans la douceur, mais ce serait mentir et persister dans la brume qui a enveloppée quinze années de sa vie. Le conte de fée s’est achevé dans les larmes, dans l’amertume et la rage. L’honnêteté la contraint à reconnaître que tout n’a pas été joli et que les derniers mois ont été teintés de laideur, par sa faute. Du moins le croit-elle. Elle a décidé de porter sur ses frêles épaules l’entière responsabilité du désastre, de ce qu’elle a, un temps, considéré comme un échec abyssal. Elle s’est flagellée, a regretté, s’est excusée, tout en sachant que c’était insuffisant et que rien n’effacerait la faute, pensait-elle.

Elle n’entendait pas les voix qui lui disaient qu’il n’y avait là rien de tragique, que c’était banalement ordinaire, qu’elle avait le droit au bonheur aussi, et que rien n’était blanc ou noir. Et elle a avancé, s’occupant des enfants. Ces enfants qui n’avaient rien demandé à personne et qui allaient devoir grandir dans un foyer monoparental, le vilain mot. Coupable, encore ! Démunie face aux questions du soir, les pourquoi.

 

Mais revenons à l’histoire des adultes. Vierge de toute autre histoire d’amour que celle qu’elle a connue avec le père de ses enfants, elle a, brièvement, pensé, qu’ils pourraient rester copains. Ecrit comme ça, elle mesure l’ampleur de sa connerie, de son ignorance. Une fois encore, dépassée par sa capacité d’auto-persuasion. Evidemment que ce n’est pas possible ; ce n’est même pas souhaitable. Personne n’en a envie. Au bout de quinze ans, il est difficile d’accepter qu’il ne restera rien. Et pourtant… La réalité est brutale.

S’il n’y avait pas d’enfants, il ne resterait rien et ce serait bien ainsi, ce serait mieux.

 

Mais les parents subsistent envers et contre tout. Il existe bien sûr des parents qui continuent à fonctionner en bonne intelligence et qui parviennent à faire la part des choses entre le couple qu’ils furent et qui n’est plus, et le couple parental qui demeure. Oui, ça existe. Mais elle ne connaît pas cette configuration. Pourtant, elle a fait bonne figure, elle a pris sur elle, a choisi la contrition, privilégie l’un. Elle a valorisé l’image du père, trop sûrement. Elle s’en mord parfois les doigts, mais c’est ainsi. C’est sa ligne de conduite, quoi qu’il lui en coûte. Mais elle n’est pas seule et elle ne peut pas porter ces parents comme elle a porté cet amour pendant quinze ans. Il n’est plus. Sur cet aspect de sa vie, elle est au clair : elle est amoureuse, à nouveau. Une renaissance.

 

Mais l’ombre du père est là, terré. Ce n’est pas l’ombre de son propre père, défunt, qui lui pèse, c’est celle du père de ses enfants. Et lui, comment se comporte-t-il ? Il a connu le chagrin, la colère, la rage. Elle a encaissé, parce qu’elle la blessure était probablement vive, sa blessure. Elle l’a, elle aussi, prise sur ses petites épaules. Et puis, elle en a eu assez. A décidé de revivre pour elle, pour l’amoureux, pour ses enfants.

 

Elle a tenté de faire comprendre à l’ex qu’il ne devait pas confondre la femme et la mère, la bonne mère qu’elle était. En vain. Elle pensait souvent qu’elle payait le prix fort de sa liberté et de son accomplissement. Heureusement, l’amoureux comblait cette faille, une faille ô combien profonde.

Avec le père des enfants, la communication était rompue. La défiance, le soupçon avait pris le pas. Et puis l’attaque frontale : elle le dénigrerait… selon les enfants qui lui auraient rapporté ses mots à elle. Justement, ce ne sont que des enfants qui tentent de se construire et qui mentent pour tester, se rassurer. Mais lui, comment a-t-il pu croire qu’elle avait cette attitude insultante pour le père qu’il était. Elle, elle sait ; elle peut. Elle fait front et maintient la figure paternelle parce qu’elle sait qu’elle est essentielle pour les enfants. Et lorsqu’elle se pose… enfin, qu’elle réfléchit. Elle comprend. Après quinze ans, il ne reste que le mépris.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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