Enfant heureux ?

Publié le 2 Février 2011

Submergés par des magazines aux titres aussi étudiés que Parents, Enfant Magazine, Famili, Paroles de maman, Info bébés… auxquels s’ajoute pléthore de sites Internet ; saturés des Rufo, Pernoud, Antier and Co… les ascendants des années 2000 ne savent plus où donner de la tête. Au point qu’on se la prend souvent (la tête s’entend !). On nous a biberonnés aux concepts psychanalytiques pour les nuls : l’enfant est un sujet à part entière, il faut beaucoup (beaucoup) lui parler, lui expliquer, être à son écoute, le prendre en considération voire le traiter d’égal à égal

Dans l’absolu, je n’ai rien contre. Je ne suis d’ailleurs pas la dernière à être très attentive, au petit d’homme surtout, parce que pour la mouflette, je me fais moins de soucis (pour l’instant, mais son heure viendra). Mais j’ai beau y mettre du mien, je ne suis pas dans sa tête, ni dans son cœur et quoi que je fasse, je n’aurais jamais la réponse à cette obsédante question : "Mon fils est-il heureux ?" Putain, rien que de l’écrire, j’ai les entrailles qui se retournent, le pouls qui s’accélère, les rouages de mon cerveau qui grincent.

Evidemment que cette question existentielle taraude surtout notre génération. D’ailleurs, on s’interroge parfois tellement qu’on en oublie de l’être. Evidemment que le môme n’a qu’une vague idée de la notion de bonheur, au sens philosophique du terme. Mais quand même… j’ai besoin de savoir. Besoin de savoir si je n’ai pas fracassé son enfance, s’il trouve ses marques dans cette nouvelle configuration, s’il est équilibré, si je n’ai pas irrémédiablement conditionné sa vie d’adulte, sa vie amoureuse. Besoin de savoir s’il se sent fort, suffisamment et correctement aimé ; s’il a confiance en lui et en nous, les grands. Besoin de savoir s’il n’est pas trop nostalgique, triste, mélancolique…

 

D’aucuns me rétorqueront que je fais là un vilain transfert en lui prêtant des questions qu’il ne soupçonne même pas, que c’est un enfant comme les autres – il paraît qu’il suffirait de le voir jouer, rire, vivre quoi, pour s’en rendre compte. Et pourtant, qu’il est compliqué de faire la part des choses entre ce qui relève du comportement caractéristique (et disons-le franchement, parfois très chiant et insupportable) d’un môme de cinq ans et ce qui est lié aux bouleversements récents. Comment savoir qu’il ne m’en veut pas ? Comment savoir que je le rends heureux, serein ?

Mes oreilles sifflent en imaginant certains commentaires du genre : "Mais, ma chère, tu te berces d’illusions en t’octroyant le statut d’unique contributrice à son bonheur ?" ou bien "Quelle égocentrique elle fait à tout ramener à son petit nombril celle-là : il est mal barré le gamin avec une mère aussi névrosée !" Aux premiers, je répondrais que je le sais pertinemment et aux seconds que je les emmerde tout simplement.

 

Mais rien n’y fait : la lancinante énigme est toujours là. Parfois, elle se tapit dans un coin de mon cœur, parfois, elle rugit comme aujourd’hui. Je déploie tout le rationalisme dont je suis capable, j’examine scrupuleusement les faits, les actes pour y déceler une réponse… mais l’insoutenable incertitude persiste me vrillant les neurones.

 

J’ignore quelle mère je suis et comment me jugera le petit d’homme quand il n’en sera plus un, et dans la perspective de ce moment se profilent la peur et la culpabilité potentielle (enfin pas si potentielle que ça, à bien y réfléchir) d’avoir échoué. Il m’importe peu d’être une mère parfaite (je ne veux surtout pas en être une, ni n’être qu’une mère d’ailleurs) : l’essentiel est d’en faire un homme bien à tout point de vue. L’ampleur de la tâche est effarante et lorsque le doute m’envahit, le découragement n’est jamais loin. Mais je sais aussi qu’un simple sourire, qu’un regard ou qu’une petite phrase anodine… de mon fils ou de ceux qui comptent vraiment dans nos vies mettent fin à l’obscurité.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Bébé-Enfant

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