En alternance

Publié le 3 Septembre 2012

Jules et moi, on est en couple alterné. Je m’explique. N’allez pas croire qu’on alterne les partenaires, non, non ! Simplement, on se voit une semaine sur deux. Ce n’est pas forcément (pas du tout en fait !) un choix : mais on s’y fait. Tout comme les mômes s’adaptent vaille que vaille aux modes de gardes qui leur sont imposés lorsque leurs parents se séparent, nous on s’est adapté. On a un pied à l’Est et un pied à l’Ouest : à nous deux, on occupe un 5-pièces de 110 m2. Pas mal hein !

D’aucuns pensent que c’est bizarre, les parents s’y perdent, certains amis nous envient. Paraît que ça préserverait la magie, le désir ; ça entretiendrait le manque… A voir !

Mais en pratique, ça demande quelques calages. Comment s’installer en alternance l’un chez l’autre ? On sous-estime les petits tracas récurrents… qu’on gère désormais à merveille.

 

Les fringues (et autres trucs nécessaires au quotidien). Evidemment, Jules n’a pas reproduit sa garde-robe à l’identique chez moi. Je n’ai pas mes parfums en double exemplaire, ni mes pompes, ni mes bijoux... Résultat, on ne voyage jamais léger, on serait même plutôt tendance manouche. Au passage, c’est fou ce qu’un scoot’ peut contenir. J’avoue être moins performante sur ce terrain. Quand je pars en week-end à l’Ouest, mon sac est aussi gros que celui de Jules qui vient pour 7 jours en Orient. Et même si je scrute la météo jusqu’au dernier moment, je prévois tout : les talons, les chaussures à la cool, la petite robe qui va bien, un jean, un pantalon classe, plusieurs hauts (on n’est jamais trop prudente) et les sous-vêtements assortis, deux ou trois paires de boucles d’oreilles. Je vide aussi mon tiroir make-up… Au cas où !

De son côté, il essaie de penser à son Allure, sa tondeuse, son rasoir, son kim’, la chemise Café Coton, les boutons de manchette pour le style… Sauf qu’on n’est pas à l’abri de se rendre compte à 4 heures du mat’ qu’on a oublié chez Miláček le truc indispensable. Qu’importe, on enfourche le deux-roues et c’est parti pour une traversée de Paris inoubliable.

Le secret c’est de toujours laisser une subtile de trace de soi chez l’amoureux(se) : un effluve de Guerlain sur un peignoir, un livre en vrac sur la bibliothèque… Une présence rassurante.

 

Notre vie à deux ne ressemble pas à notre modèle parental, on en a involontairement (ou non) pris le contre-pied. Son frigo ne ressemble pas au mien et pourtant j’y décèle des aliments qui me font plaisir et inversement.

On n’a pas encore fait Ikea commun et pourtant on s’est tapé une virée Ikea/Alinéa/re-Ikea ensemble pour équiper nos apparts respectifs. Il faut se rendre à l’évidence : on est dans le provisoire qui dure. Ça aide à se sentir bien.

 

On découvre chez l’autre des qualités que la vie sous le même toit aurait mis à jour plus rapidement. Oui Jules sait bricoler (il aime à dire qu’il est plus flemmard que non bricoleur). Oui Miláček sait cuisiner (elle aime à dire qu’elle a plus perdu l’envie que la manière).

Quant au "mythe" que c’est notre mode de vie qui entretient nos élans l’un envers l’autre, l’envie dévorante : je réfute cette idée. Ça, c’est la partie émergée de l’iceberg : « tu me manques, je te manque, j’en peux plus ! ». Bien sûr que ça y fait.

Mais il y a les semaines "sans" à gérer. Ni lui, ni moi n’avons de problèmes avec la solitude. Sauf qu’elle n’est pas forcément en phase avec nos émotions, nos envies, nos échanges… On se téléphone, on s’envoie des messages. On s’adapte.

En ce qui me concerne, ça a forcé à l’autonomie affective. Lorsque les larmes déboulent sans prévenir et que Jules n’est pas là, on se démerde. On laisse la fontaine se tarir et on se rend compte qu’on surmonte.

 

Et puis, on se retrouve toujours. Souvent dans de merveilleuses dispositions. Autour d’un verre dans l’un de nos troquets favoris, le cœur bat la chamade et les yeux pétillent comme les premiers jours.

J’aime à croire que si un jour, nous réunissons nos deux vies, certaines choses demeureront intactes. On m’a répété cet été qu’il ne fallait pas trop croire aux contes de fée… On verra bien !

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Quotidien

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