Deux ans

Publié le 5 Avril 2011

Deux ans… Déjà. J’ai voulu écrire "Putain, deux ans !" (rapport à mon langage châtié), mais la formule est trop connotée. Ce sont donc deux bougies que va souffler la mouflette aujourd’hui. Et bien que ce soit le sixième anniversaire (tous enfants confondus s’entend) que je vois passer, une singulière émotion m’a littéralement submergée ce matin, lorsque je contemplais la mouflette squatter mon lit.

 

Je ne suis pas nostalgique des années bébé de mes enfants. Le jour de la naissance de la mouflette n’est pas le plus beau jour de ma vie (celui de mon petit d’homme non plus, à ceux qui soupçonneraient une préférence entre mes deux enfants) et pourtant, j’ai un souvenir extrêmement précis du 5 avril 2009. Il paraît que le corps a une mémoire : s’agissant de cet événement précis, je confirme.

Je me revois gérer sereinement les vagues de cette douleur inédite ; prendre un bain chaud dont les prétendues vertus calmantes ne sont qu’un mythe ; faire un tour du quartier pour penser à autre chose ; profiter des ultimes moments de vie à trois ; checker une dernière fois les petites affaires de chacun ; déposer le petit d’homme chez sa nourrice la gorge serrée, les yeux pleins de larmes ; regarder une dernière fois cette appartement dans lequel nous ne serions plus jamais trois ; vérifier les axes parisiens potentiellement fermés pour cause de marathon ; maudire les pavés de la place de la Bastille ; exulter parce qu’une place de stationnement était libre là tout de suite ; abhorrer les rues en montée ; respirer la douceur nocturne d’une soirée printanière… et puis arriver… enfin… on time. Le reste m’appartient.

 

En la regardant ce matin, souriante, si jolie avec ses bouclettes ; j’ai pris violemment conscience du temps qui passe. Elle et son frère, sous ma couette, encore engourdis par le sommeil, ne soupçonnent pas les surprises que la vie réserve. Ils ignorent la puissance de cet amour indéfectible qui me lie à eux pour toujours ; ils ne connaissent pas les doutes et les angoisses dont ils peuvent être à l’origine ; ils devinent à peine à quel point leurs étreintes, leurs mots, leurs attitudes peuvent nous bouleverser.

 

Je souhaite à la môme de devenir une belle personne ; de ne pas trop sentir l’absence quotidienne du père que je lui ai imposé, de composer avec un quotidien parfois speed et moins confortable matériellement qu’il aurait pu l’être ; de se sentir aimée par tous ceux qui auront la chance de croiser sa route ; de n’être jamais blasée face aux petits instants de bonheur quotidiens ; de savoir saisir chaque minute qui lui sera offerte ; de ne pas perdre de vue l’essentiel… D’être heureuse, tout simplement.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Bébé-Enfant

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