De la confiance

Publié le 17 Mai 2011

« Prenez une copie double, écrivez vos nom et prénom en haut en gauche et traitez ce sujet sous forme d’une dissertation : "Qu’est-ce que la confiance ?". Vous avez quatre heures. Et bordel, n’oubliez pas la marge de quatre carreaux, ça me fait chier d’avoir trois centimètres pour écrire mes corrections. » Si j’étais prof de philo, cela pourrait être un des devoirs que je donnerais à mes élèves, non pas pour les emmerder (encore que), mais pour les faire réfléchir. Et aussi, parce que c’est un domaine sur lequel il y a beaucoup à dire.

 

Alors la confiance, comment ça marche ?? (Je m’incline devant ceux qui auront souri en lisant cette phrase parce qu’ils auront reconnu la référence). N’étant pas omnisciente, à mon grand regret, je ne me mentionnerai ici que ma propre expérience. Je reformule ; alors la confiance, comment ça marche chez moi ?

 

Premier point essentiel et valable pour tous : je suis de celles qui l’accordent d’emblée. C’est peut-être une erreur fondamentale, mais il se trouve que j’ai foi en la nature humaine et instantanément, aux gens qui pénètrent mon univers, j’accorde une confiance pleine et entière. Attention, ne vous méprenez pas, cela ne signifie pas que je me confierais aveuglement, simplement, je fais confiance et je vois d’abord ce qu’il y a de bon en chacun (excusez-moi, je vais brûler un cierge et je reviens). Ainsi donc ; ceux à qui j’ouvre ma porte (comprenez mon cœur… modérément) se voit systématiquement créditer d’un capital confiance de 100 %. Et là, vous vous écriez : « trop bonne », ce à quoi je répliquerai que le trop conne n’est jamais loin mais que ce capital est très fragile. En pratique, les actes et paroles de chacun grignotent potentiellement ce capital et le jour où un certain seuil est atteint (seuil non défini et variable je précise), la confiance est nulle et non avenante (je ne suis pas certaine que la formule s’applique dans ce cas, mais elle me sied).

 

J’ai balayé ici le cas général. Quid du cas particulier ?

 

Naturellement, le premier cas de figure dans lequel s’illustre la confiance est celui de la configuration amoureuse, enfin si l’on est concerné (vous apprécierez que je choisis volontairement une formulation neutre et que j’évite d’employer le mot "chance" par exemple).

Pour ma part, la confiance n’est pas du même ordre que la notion de fidélité, elle n’évolue même pas dans la même sphère. Avoir confiance en son amoureux n’a rien à voir avec le fait de croire que l’autre n’ira jamais voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Non que ce ne soit pas important mais on est sur un autre terrain. La confiance en son amoureux, c’est savoir qu’il sera là, qu’il saura vous soutenir tout en délicatesse dans les moments difficiles, qu’il ne portera pas (trop) de jugement sur certains de vos comportements, qu’il restera mesuré quant à vos actions passées que la morale qualifierait éventuellement de répréhensible, qu’il sera celui avec lequel vous pourrez être totalement vous-même en faisant fi du socialement correct, qui vous aimera tel que vous êtes avec vos failles, vos faiblesses…

Avec l’âge, on apprend à ne pas mettre entre les mains de son amoureux toute sa vie. Il ne faudrait pas que ce dernier aille croire qu’on ne lui fait pas confiance, simplement, on refuse de lui imposer un tel fardeau. Malheureusement, pour le dit-amoureux, il est celui pour lequel la règle de la confiance acquise d’emblée ne s’applique pas sincèrement. Trop peur d’être déçu vous imaginez bien. Mais lorsque dans les moments moins léger, on se rend compte qu’il a été à la hauteur alors… Alors rien. On est juste conforté et plus aérien. Et surtout si heureuse.

 

La confiance s’applique également aux amis. Ils sont ceux qui arrivent en deuxième position et dont je me méfie le moins. Mais gare à ceux qui me trahissent ou me déçoivent. Le jugement est sans appel et il n’existe pas de retour en arrière possible. A ceux qui m’ont blessée, la confiance est retirée irrémédiablement. Et dommage pour ceux dont je croiserai la route plus tard : sans le savoir, ils paieront le fruit de mon amertume. Rien de très optimiste ici, je le concède. Mais il existe heureusement de bonnes surprises et il y a ceux et celles dont on ignorait qu’on pouvait leur accorder un tel crédit et qui vous réconcilient avec le concept d’amitié. Aux autres, je me garderai d’adresser toute vulgarité, trop contente d’être si bien entourée.

 

Et puis, il y la famille : la figure maternelle (et paternelle pour les veinards qui ne le mesurent pas). Ici la question, en ce qui me concerne, n’a pas de sens. Cette histoire de capital acquis/perdu ne se pose pas. La confiance est.

Pour finir, les ascendants. Je ne sais pas si mes mouflets me font confiance. Ils savent que je suis là lorsqu’ils sont malades, que je ne leur mens pas, que je ne fais pas de promesses que je ne pourrais pas tenir. Et en retour, je leur fais confiance. Une confiance qui ne peut se mesurer à celle que j’accorde aux autres précédemment mentionnés parce qu’elle est biaisée par une force prodigieuse et que je veux encore croire pure. Ils sont ceux à qui je peux dire sans faiblir : « j’ai confiance en vous ».

 

A ceux qui se demanderaient ce qu’il en est de l’autre côté du miroir. A savoir : suis-je quelqu’un à qui l’on peut faire confiance ? Je répondrais que tout dépend de ce que l’on y met. J’en connais qui affirmeraient sans détour un non sans ambiguïté ; et d’autres (plus nombreux j’espère) qui savent que je suis quelqu’un à qui l’on peut se fier.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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