De la colère

Publié le 13 Septembre 2010

Longtemps je me suis couchée, non pas de bonne heure (évidemment, si vous n’avez pas lu au moins les premières pages de Proust - Du côté de chez Swann -, vous passez complètement à côté de la référence), mais en colère. Avec une douloureuse lucidité, je sais que j’ai passé ces 10 dernières années habitée par une fureur permanente qui me rongeait les entrailles.

J’étais en colère de ne pas avoir trouvé un job à la hauteur de ce que j’estimais mes capacités intellectuelles ; en colère de ne pas pouvoir donner la vie de manière naturelle ; en colère d’avoir perdu mon père trop tôt, de ne pas lui avoir parlé davantage. L’incivilité de mes semblables m’exaspérait follement ; l’inconstance des uns, la méchanceté des autres déchaînaient des feux infernaux au plus profond de mon être. Je m’endormais contrariée, insatisfaite, et comble du comble en colère contre moi d’être dévorée de l’intérieur.

 

Et puis, étrangement, par un (j’aimerais pouvoir préciser "glacial", "ensoleillé", "brumeux" ou "pluvieux" mais ma mémoire me fait défaut) matin d’automne, je me suis réveillée et la colère s’était envolée. Ce monstre qui avait fait partie de moi pendant si longtemps, avec lequel je vivais bon gré mal gré, avait tout simplement disparu. Envolé comme par un coup de baguette magique. J’ai cherché (mais pas trop longtemps hein ! Il ne s’agirait pas non plus de raviver la bête) ce qui avait pu se passer la veille ou les jours précédents : une rencontre, une lecture, un événement… mais rien n’a frappé mon esprit de manière fulgurante. Brutalement, et j’aime ce contraste, la sérénité a pris toute la place dans mon âme et elle n’est pas venue seule. Elle a apporté dans ses valises l’apaisement, la confiance en moi, la capacité à savourer pleinement les moments de bonheur, le don de ne plus (trop) s’inquiéter des potentiels lendemains qui déchantent.

Quelques temps encore, j’ai guetté son retour ; j’ai appréhendé les situations à risque… mais rien. Toujours rien ! N’allez cependant pas croire que c’est désormais un Carpe Diem insouciant qui gouverne ma vie (je suis radicale, certes, mais tout de même) : j’ai juste trouvé le point d’équilibre… enfin.

Philosophiquement (à vos cahiers, c’est la rentrée : on n’oublie pas les bonnes habitudes et on prend des notes !), il s’agit d’ataraxie. Sans vous refaire un petit cours qui me filerait un méchant coup de vieux, l’ataraxie (je reprends sans complexe la définition élaborée par des chercheurs du Cnrs : aucune raison de me faire chier à vous pondre une dissert’ sur deux copies doubles non plus) est cette "tranquillité, impassibilité d'une âme devenue maîtresse d'elle-même au prix de la sagesse acquise soit par la modération dans la recherche des plaisirs (Épicurisme), soit par l'appréciation exacte de la valeur des choses (Stoïcisme), soit par la suspension du jugement (Pyrrhonisme et Scepticisme)". Jamais je n’aurais cru penser ça un jour, mais visiblement je dois pencher du côté du Stoïcisme. Parce qu’il ne faut pas être hypocrite non plus, et je n’ai pas encore l’âge de modérer la recherche de mes plaisirs (sauf que je le fais de manière rationnelle, ce n’est pas incompatible croyez-moi !).

 

Le plus incroyable de cet état d’esprit est qu’il me semble durablement installé. J’en veux pour preuve que ces jours-ci, j’aurais de bonnes raisons de basculer dans une colère inextinguible ; une rage démesurée, presque violente pourrait surgir et devenir maîtresse de tous mes actes, mes décisions. Mais rien n’y fait, je regarde de haut les événements se dérouler avec une infinie tristesse et une cruelle déception, mais la colère n’a décidément plus sa place dans mon univers et c’est là une certaine idée de bonheur à mon sens.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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