De grâce

Publié le 12 Décembre 2012

Je reconnais que le dernier billet n’était pas des plus joyeux. Un peu de légèreté ne fera donc pas de mal. L’une de mes relations Facebook (et aussi lectrice) a récemment souhaité, je cite, un "très joyeux Noël à ses petits petons" en leur offrant des superbes chaussures Repetto. Et je me suis alors souvenue que, moi aussi, j’en ai eu des Repetto… il y a fort fort longtemps ! Non pas des chaussures, mais des chaussons… de danse.

Car j’ai été danseuse. Enfin, j’ai fait de la danse classique.

Ceux qui me voient évoluer aujourd’hui et qui ignoraient cette partie de mon existence seront sans nul doute stupéfaits, car d’une douzaine d’années de pratique, il ne reste rien. Et pour cause, encore eût-il fallu que quelque chose s’ancre en moi. Quelque chose de l’ordre de la grâce, de la souplesse, de la délicatesse : tout ce qui fait une danseuse.

 

Je ne me rappelle pas du tout si l’enfant que j’étais a ardemment demandé à ses parents de l’inscrire à un cours de danse : j’ai débuté vers 6 ans et continué, que dis-je, me suis enlisée à aller une fois par semaine enfiler collants et justaucorps jusqu’à l’âge canonique de 15 ans. L’enfant potelée que j’étais n’a jamais réussi à faire le grand écart ou le pied dans la main, enfin si peut-être du pied gauche. Je crois pourtant n’avoir jamais ménagé mes efforts, et mes parents non plus d’ailleurs : stages scolaires, investissement financier dans les costumes et accessoires, participation active au gala de fin d’année. J’ai d’ailleurs une pensée émue en pensant à mon père qui assistait au spectacle pour tenter d’apercevoir sa fille deux minutes en fond de scène une fois par an, et ce jusqu’à j’atteigne 12 ans. Après il a estimé, et à juste titre, qu’il avait suffisamment œuvré pour mon art.

Et pour ma mère aussi : elle s’escrimait à me faire un chignon avec les trois ou quatre baguettes chinoises qui me servaient de cheveux, m’accompagnait aux répétitions et assistait consécutivement aux deux représentations annuelles.

 

J’ai pourtant exécuté les plus grands ballets du répertoire : Coppélia, Casse-noisette, Gisèle, La Belle au Bois dormants… Bien sûr, jamais de premiers rôles, tout au plus un obscur marmiton ou un insipide flocon de neige. Je frémissais lorsque la prof annonçait la distribution, me donnait à fond lorsqu’il s’agissait de répéter les chorégraphies pour espérer une place au premier rang. En vain. La danse classique et moi n’avons jamais parlé le même langage. J’étais trop lourde, trop drôle (ça je le suis encore), trop maladroite pour cette discipline. Mais il m’a fallu du temps pour le comprendre. Je n’ai pas oublié ce jour où j’ai essayé mes premières pointes, ce bonheur à souffrir. Comme si la douleur faisait la danseuse. J’en ai longtemps gardé une blessure de ne pas être cette petite fille gracieuse et agile.

 

Rien que de prononcer les termes des pas de danse et de les associer à mon image, on a envie de rire. Imaginez-moi faisant une arabesque, un pas de bourrée (Oh ça va hein !!) ou chassé, quelques déboulés, entrechats ou autres pirouettes. La franche rigolade n’est pas loin. Avec le recul, c’était peut-être pathétique je n’en sais rien mais qu’importe, sur le sujet, j’use volontiers de l’autodérision. Au-delà d’un certain taux d’alcoolémie, il a pu m’arriver de mettre en scène mes prouesses. Je n’en garde pas de séquelles non plus, ni de regrets, juste des évidences.

 

C’est aujourd’hui la môme qui demande à faire de la danse. Sans transfert aucun, force est de constater que je ne vois pas spontanément en elle, la future Pietragalla. Je pourrais dresser une liste de ses qualités mais la grâce n’en ferait pas partie. J’attends encore un peu avant de m’infliger les tutus, mais si elle persiste (et elle est têtue), alors nous rêverons encore d’étoiles.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Autoportrait

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