Cinéma : Shutter Island de Martin Scorcese

Publié le 14 Mars 2010

Shutter IslandAdapter un des plus intelligents romans noirs des dix dernières années, c’est forcément casse-gueule ; et ceux de mes amis qui avaient vu le Shutter Island de Scorcese m’avait prévenue que j’allais être déçue… forcément. Certes j’avais mis la barre très haute, mais j’avais du mal à m’imaginer que l’alchimie ne prendrait pas : Scorcese derrière la caméra, Di Caprio dans le rôle principal, ça partait plutôt bien. Pourtant, la bande-annonce m’avait légèrement refroidie. Ce que je voyais du jeu de Léo me laissait perplexe : certaines expressions me faisaient penser à un De Niro à bout de souffle, comme une caricature de lui-même. Impression heureusement démentie en voyant le film dans son ensemble : la direction d’acteurs est magistrale même si, à mon sens, ce sont surtout les seconds rôles qui tirent leur épingle du jeu. Mark Ruffalo et Ben Kingsley sont d’une sobriété fascinante et terriblement juste. Mais alors, comment expliquer que je ne suis pas parvenue à plonger dans les ténèbres de Shutter Island ?

1954, deux flics – Teddy Daniels et Chuck Aule – sont envoyés sur une île au large de Boston qui abritent un hôpital psychiatrique dans lequel sont internés de dangereux criminels. L’une des patientes s’est échappée de sa cellule, fermée de l’extérieur. Comment Rachel Solando a-t-elle pu se volatiliser d’une île coupée du monde et d’une structure aux mesures de sécurité si drastiques ? En but à l’hostilité du personnel, les deux enquêteurs veulent résoudre cette troublante énigme alors qu’au loin une tempête puissante et violente s’apprête à frapper les côtes, les isolant totalement pendant quatre jours.

Avec une incroyable maîtrise, Dennis Lehane (l’auteur du thriller) s’engageait dans une inéluctable plongée dans les tréfonds de l’âme humaine, là où seule l’indicible douleur persiste. Il y disséquait à la perfection le psychisme d’un homme hanté par la mort de sa famille. Et bien que Di Caprio soit littéralement habité par son personnage, il lui manque une maturité, une conscience prématurément vieillie. Difficile de ne pas évoquer Sean Penn dans Mystic River de Clint Eastwood (une autre adaptation de Dennis Lehane), frappé également par l’assassinat de sa fille dont l’interprétation est stupéfiante de justesse.

Il est vrai, que connaissant le dénouement schizophrénique de l’intrigue, j’ai guetté dès la première scène les indices susceptibles de mettre le spectateur sur la voie. Première scène qui, en passant, m’a laissé sceptique tant elle m’a fait penser à ces vieux films noirs des années 50 : j’imagine qu’il s’agit d’un hommage plus que d’une maladresse, mais c’est perturbant parce que limite kitsch. Et c’est peut-être cet infime détail qui m’a empêchée de m’immerger dans
Shutter Island. Pourtant, Scorcese est resté fidèle à l’esprit du roman et restitue impeccablement l’univers sinistre et angoissant de ce milieu si particulier, le tout ponctué par une musique puissante et lourde de sens.

Dommage pour moi d’être restée en périphérie du film alors que j’aurais préféré m’égarer dans ce qui aurait dû être un déroutant labyrinthe.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Ciné

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Tatou 15/03/2010 09:43


Je suis complètement en accord avec toi. Et pourtant, qu'est ce que je m'étais régalée à lire le livre !


so 14/03/2010 23:07


J'ai rarement apprécié un film tiré d'un livre que j'avais aimé. Bon là, je ne l'ai pas lu donc je vais peut-être voir si ça prend mieux en étant "vierge" de toute attente !


Jenny Grumpy 14/03/2010 23:44



Pareil : il y a souvent trop d'attentes.