Ciné : Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois

Publié le 19 Octobre 2010

 

des-hommes-et-des-dieux-beauvois.jpgIl y a quelques semaines, je me demandais de quand datait ma dernière grande émotion cinématographique. Ma mémoire se rapprochant dangereusement de celle d’un poisson rouge ces derniers temps, j’ai été bien incapable de m’en souvenir. Sauf que depuis, Xavier Beauvois est passé par là. Oui, je sais que Des hommes et des dieux est sorti depuis un mois et demi ; oui, j’ai une sensibilité (tendance sensiblerie… beurk !) particulièrement exacerbée ces jours-ci et oui, niveau ciné, je reviens de loin vu que ma dernière toile était une daube finie… Mais indépendamment de tous ces éléments, ce film est une pure expérience artistique et spirituelle.

 

Inspiré de l’assassinat des moines de Tibéhirine en 1996, Des Hommes et des dieux retrace leur parcours ante-tragédie : leur vie au monastère, leur attachement au peuple algérien - au-delà des querelles religieuses et politiques -, mais aussi leurs doutes, leur foi parfois vacillante, leur profond humanisme, leurs peurs… On s’en relève bouleversé.

Avec une grâce infinie, Xavier Beauvois effleure l’universalité de la nature humaine : il interroge sur le sens intime que chacun veut donner à sa vie, sur notre capacité à nous engager, notre conviction (et non plus simplement notre croyance) en une valeur absolue qui transcenderait le divin.

 

La mise en scène quasi métaphysique et si épurée de Beauvois, la lumière sublime et le jeu magistral des acteurs (parmi lesquels Lambert Wilson fascinant et Michael Lonsdale douloureusement imposant) confèrent à ce film une exigence implacable, mais salvatrice. Je peux encore ressentir ce frisson lors de cette réinterprétation de la Cène sur la musique du Lac des cygnes des Tchaïkovski, ce lancinant vertige que je ne croyais plus capable d’éprouver et qui a probablement fait jaillir des larmes pour des raisons qui n’ont plus rien à voir avec le film. On quitte la salle grandi et probablement plus fort et plus humble.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Ciné

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