Bon courage

Publié le 4 Février 2010

Ce matin (il était 10h42 précisément : c’est anecdotique mais je m’en fous), en pleine séance passionnante d’empilage de packs de yaourts sur un tapis roulant, j’ai été frappé de plein fouet (je peux aimer dans certaines circonstances – le fouet je veux dire -, mais pas là) par… un abus de langage. Abus de langage qui tend à se généraliser et qui me fout le bourdon (je sais, le mot est laid, mais je n’ai pas mieux en magasin). C’est une expression que j’avais dû noter mais enfouir dans un petit coin de mon cerveau. Mais aujourd’hui, bonne humeur oblige j’imagine : j’ai remarqué que mes congénères en lieu et place d’un traditionnel « bonne journée » ou « au revoir » s’apostrophent avec un dépressif « bon courage ».

 

Alors oui, je comprends que le job de la caissière n’est pas des plus palpitants et que sa journée doit être jalonnée de clients pénibles, agressifs ou juste désagréables ; mais lorsqu’il ne vient pas de se produire d’événements particuliers, ça perd un peu de son sens non ? Il me semble tout de même plus optimiste (et pourtant, je ne suis pas nécessairement de celles qui voient le verre à moitié plein) de lancer un « bonne soirée » que d’accabler mon interlocuteur d’un « bon courage ». L’expression lui signifiant que sa journée va fatalement être un enfer ou presque, que devant toutes les potentielles épreuves à l’horizon on ne peut décemment pas lui souhaiter une bonne journée, qui s’apparenterait à du sarcasme (et ça pourtant, ça me connaît).

 

Mais nul besoin d’exercer un emploi répétitif pour être l’heureux bénéficiaire de cette formule si trendy. Quand je réfléchis (regardez bien, cet article est classé dans la rubrique « Réflexion,), on m’a plusieurs fois adressé un « bon courage » plutôt inopportun. Par exemple, quand je croise ma gardienne le matin après avoir déposé mon petit d’homme à l’école, on échange deux-trois mots et elle conclut inévitablement par cette tournure consacrée. Bizarre, parce que je rentre paisiblement chez moi pour m’occuper d’une mouflette (pour l’instant) cool et que j’ai le sourire car je sais que j’ai encore un peu de temps rien qu’à moi pour surfer ou bouquiner peinard. Je ne peux passer sous silence les « bon courage » de mes voisins quand je sors de l’ascenseur ou de la fleuriste parce que je réussis la prouesse de tenir un bouquet dans une main et un poids de 12 kg sur l’autre bras (oui c’est de ma fille dont je parle).

 

Mais attention, ne vous méprenez pas, je ne dis pas qu’il ne faut pas éprouver de la commisération pour son prochain, même pour des faits anodins. Il est d’usage et plutôt bienvenu de lancer un « bon courage » à quelqu’un qui s’apprête à prendre le volant alors qu’il est fatigué ou qui doit gravir huit étages à pied après les courses mensuelles pour cause de panne d’ascenseur. Et je n’ose pas évoquer de situations beaucoup plus tragiques. Mais à trop l’employer, l’expression perd de son sens, de sa valeur… bref de sa sincérité.

 

Comment ça ? Je pinaille ? Comment ça ? Je flirte avec la misanthropie et il ne doit pas être facile de vivre à mes côtés ? Je ne manquerais pas de transmettre votre « bon courage » à ceux qui m’entourent.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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so 08/02/2010 15:53


ah oui ? Comme quoi,il doit y avoir quelques spécificités régionales. Pour ma part,quand je viens de déposer les 3 bambins à l'école et que j'ai royalement 3 heures devant moi pour ranger,
repasser, étendre, balayer, sortir la vaisselle de la machine, pondre un article pour le journal local et faire les courses, on ne manque jamais de me dire : "allez, amuse-toi bien !". Je ne
saurais dire si c'est mieux...