Lectures estivales

Publié le 3 Septembre 2009

Vous l’ignorez encore à l’heure où vous débutez la lecture de ce billet, mais j’ai décidé, dans cette grande mansuétude qui me caractérise, de ne pas aggraver un éventuel cafard de rentrée. C’est vrai après tout, pourquoi vous narguer après mes quatre semaines de vacances ? Quel bénéfice en retirerais-je ? Surtout que je ne peux pas voir votre visage si j’ajoute à cette remarque anodine qu’il me reste une douzaine de jours à poser avant décembre. Fi de la mesquinerie en ce 3 septembre. Après cette première figure de style dont j’ignore le nom et que j’avoue mépriser, j’enchainerai sans vergogne sur une seconde du même acabit : ce post de rentrée sera littéraire ou ne sera pas (pour ceux qui aurait loupé la référence, il s’agit d’une allusion à la célèbre phrase non prononcée par Malraux et que certains en manque d’inspiration nous sortent à la moindre occasion).

 

Littéraire donc ce premier billet mais marronnier forcément puisqu’à défaut de vous avoir donné mes conseils de lecture avant vos vacances, je me propose de vous faire un bilan des miennes pendant mes 28 jours de congé (hein quoi ? J’exagère là ?). Vadrouille oblige, le butin est plutôt maigre surtout en regard de ma consommation livresque usuelle.

 

 

Eux de Joyce Carol Oates

Commencer par un pavé n’était peut-être pas l’idée de l’été, surtout lorsque les vacances débutent chez des potes. Pas facile de s’enfiler les 649 pages de cette saga, écrite en 1969, entre deux verres de rosé, un saut dans la piscine et un barbecue prolongé. Dommage pour moi puisque Oates fait partie de mes auteures de mes prédilections ces derniers temps : les circonstances m’ont fait étirer ma lecture m’empêchant de me plonger dedans comme le méritait ce foisonnant roman qui retrace le quotidien de la famille Wendall de Détroit. Basé sur la vie d’une étudiante (Maureen) qu’Oates rencontra lorsqu’elle enseignait, Eux est le roman-fleuve typique qui commence en 1937 et s’achève lors des émeutes de Los Angeles à la fin des années 60. J’y trouve pourtant tout ce que j’aime dans la littérature : des personnages complexes, typés et attachants, une langue exigeante, une existence simple qui croise l’Histoire – la grande –, un brillant mélange de fragilité et de persévérance. Il me faudra le recommencer dans quelques semaines.


Joyce Carol Oates, Eux, Points, 2009 ; 649 p.

 

 


Une mort esthétique de P.D. James

Bien qu’amatrice de polars, ce dix-septième roman de Phyllis Dorothy James (ça vous évitera de vous demander ce que signifient ses initiales) est une découverte pour moi. Bien sûr, je connaissais de nom mais c’est tout. Il s’avère qu’on me l’a offert et comme je n’envisage pas les vacances sans roman policier, je l’ai glissé tant bien que mal dans ma valise en gardant en tête cette phrase de ma bienfaitrice (celle qui m’a fait le cadeau quoi…) : « Tu verras, c’est… anglais ! ». Ah… C’est donc sceptique que j’ai ouvert Une mort esthétique sur mon balcon face à la montagne. Bien qu’ayant dévoré la série de David Peace, je concède piteusement que la littérature policière anglaise se limite presque à Agatha Christie. Et si c’est un genre que j’ai aimé à 14 ans, je n’étais pas certaine de l’apprécier aujourd’hui. Eh bien si, j’ai apprécié ce nouvel opus de la baronne James, mais pas plus. Et j’ajoute que ma copine avait raison : c’est typiquement britannique. Dans l’intrigue policière d’abord : elle devient très vite secondaire finalement. Un meurtre commis dans un lieu clos (un manoir dans la campagne anglaise tant qu’à faire) avec un nombre limité de suspects, un flic poète (Dalgliesh, un récurrent de P.D. James) et une enquête menée non sans un certain flegme. Ajoutez-y des cercles de pierres mystérieuses, des employés au comportement ambigus, une victime trouble et le décor est planté. Ici point de serial-killer, de clichés sanguinolents ou de psychologie tordue : tout est dans la mesure et l’intérêt est ailleurs. Alors où me demanderez-vous ? Dans le regard aigu porté sur l’Angleterre contemporaine qui recèle une subtile critique, dans cette orfèvrerie des descriptions de l’environnement par exemple, dans la réflexion sur la capacité de chacun à s’extirper du poids de son passé. Un polar bien reposant pour les vacances en somme.


P.D. James, Une mort esthétique, Fayard, 2009 ; 442 p.

 

 


Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l’estime de soi de Christophe André

Et on ne rit pas s’il vous plaît ! On ne se gausse pas rien qu’à la fin du titre de ce premier bouquin de type « développement personnel » (c’est bien la classification adéquate non ?) que je lis (mais je rêve où cet été a été placé sous le signe de la nouveauté). Pas grand-chose à en dire si ce n’est que le titre parle de lui-même. Je ne résiste pas au plaisir de vous citer quelques mots de la présentation de l’éditeur : « Il va vous aider à vous accepter et à vous aimer, même imparfait. Non pour vous résigner, mais pour mieux évoluer. Pour être enfin vous-même, imparfait, mais libre et heureux... ». Une fois encore, je n’aurais qu’un mot : « Ah ?? » Telle une élève studieuse (en ce jour de rentrée, ça tombe bien), je vais appliquer avec une rigueur rare les préceptes de Christophe André. Je vous donne rendez-vous dans quelques mois pour un bilan ??


Christophe André, Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l’estime de soi, Odile Jacob, 2009 ; 470 p.

 


 

Code du français courant d’Henri Bonnard

Celui-là, je ne vous le conseille pas. J’ai juste joué le jeu à fond en vous présentant mes lectures estivales et ce bouquin en faisait partie… rapport à un projet en vue.


Henri Bonnard, Code du français courant, Magnard, 1990 ; 335 p.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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