Lecture : Au-delà du mal de Shane Stevens

Publié le 10 Juin 2009

Thomas Bishop a dix ans lorsqu’il assassine sa mère. Il lui faudra quinze ans pour s’évader et faire un retour fracassant à la vie civile : quinze ans pour échafauder une vengeance, quinze ans pour alimenter une haine farouche des femmes, quinze ans pour décider d’en éliminer un maximum. Il se lance alors sur les routes de l’Amérique et sème derrière lui des cadavres de femmes atrocement mutilées car dans son esprit, c’est ce que méritent ces créatures du démon. Séduisant, méthodique, doué d’une intelligence hors norme ; Bishop est au cœur d’une chasse à l’homme inédite : police, journaliste et mafia se lancent à ses trousses.

 

Publié en 1979 aux Etats-Unis, Au-delà du mal est l’un des premiers romans à exploiter le personnage du serial killer. Si aujourd’hui, c’est une figure familière des polars et du cinéma, ce n’était pas le cas il y a 30 ans. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si des grands noms comme James Ellroy, Thomas Harris ou Stephen King placent ce roman au panthéon du genre. Quant à savoir pourquoi il aura fallu attendre si longtemps pour le voir éditer en France… Mystère. Une chose est sûre néanmoins, cette ressuscitation littéraire est à ne pas manquer.

 

Humble amatrice de polars, je dois reconnaître à quel point le personnage de Bishop est abouti. Sa psychologie est très complexe et Stevens nous place dans la tête du tueur : une position inconfortable et difficilement soutenable, pas seulement dans ses accès de folies meurtrières, mais aussi (et surtout) dans ses instants de cauchemars ou de souvenirs. Rarement, l’enfance traumatisante n’a été aussi finement exploitée et retranscrite. Habilement, l’auteur met en place non des excuses à son comportement, mais des explications (des circonstances atténuantes ?) : fruit d’un viol, Thomas Bishop est abandonné par son père et élevé par une mère détraquée et sujette à des accès de fureur qu’elle retourne contre lui. Et pourtant, le Bishop adulte lui voue une admiration sans borne.

 

Mais l’originalité de ce fabuleux polar ne réside pas seulement dans son personnage principal. Shane Stevens s’attache autant aux personnages secondaires : le journaliste en charge de l’enquête, le politicien dévoré d’ambition, le flic de campagne, le criminologue enthousiaste, le père d’une victime ivre de chagrin… Loin de parasiter l’intrigue, ces histoires parallèles contribuent à la richesse du roman et le situe dans une dimension plus large, quasi sociologique. Car c’est toute l’Amérique des années 70 que dépeint ainsi Stevens : le débat sur la peine de mort fait rage, l’administration Nixon n’a pas encore vacillé, les politiciens manipulent pour atteindre les hautes sphères du pouvoir, les journalistes sont prêts à tout pour vendre leurs journaux, le citoyen a peur et ne fait pas confiance aux policiers incompétents, les collusions entre pouvoir en place et mafia sont monnaie courante…

 

Au-delà-du mal est donc définitivement un livre noir, très noir sur une époque, sur l’âme humaine, sur les conséquences des actes individuels sur le collectif. A ceux effrayés par les 750 pages de ce polars désormais mythique, je ne saurais que leur conseiller de le lire vite : de toute façon, ils n’auront pas le choix tant il est haletant.


Shane Stevens, Au-delà du mal (By reason of Insanity), Sonatine Editions, 2009, 767 pages

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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jasonlouisxi 04/02/2010 00:06


je ne connais pas ce livre
je vais donc voir si je le trouve à ma bibliothèque municipale favorite
bonne soirée bises JL


Nicolas 10/12/2009 12:16


J'ai bien aimé ce polar, mais je l'ai trouvé trop long. Et répétitif: la traque met trop de temps. Il y a aussi trop de personnages et le passage d'un point de vue à l'autre (flics, Bishop,
politique) rend un peu inconfortable la lecture. C'est pourquoi je trouve ce roman un peu surcoté. Malgré tout cela reste un bon polar.