Lecture : Un don de Toni Morrison

Publié le 27 Mai 2009

Il m’arrive très rarement d’abandonner un roman en cours de route. Je garde toujours espoir que les dernières phrases me réserveront une surprise, que toutes les pages que j’ai lues jusqu’à alors vont s’éclairer d’un jour nouveau par une espèce d’alchimie. Jamais je n’aurais cru être si prêt de lâcher un bouquin de Toni Morrison… et pourtant.

 

A l’instar de Jim Harrison, Madame Morrison est de ces écrivains dont je suis l’actualité avidement. C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais de pouvoir me plonger dans Un don. D’autant qu’il était précédé d’une critique plus que flatteuse. Je l’ai donc acheté dès sa parution chez ma libraire préférée (tiens c’est vrai, je ne vous en ai pas encore parlé… il va falloir que je m’y attelle) sans même lire la quatrième de couverture. Mal m’en a pris puisque je me suis égarée dans les méandres de cette narration « mosaïque » et qui fait fi de la chronologie. Afin de recoller à l’histoire, j’ai interrompu ma lecture pour m’intéresser à la présentation de l’éditeur : étrangement ça ne m’a pas aidé davantage. Je crois que j’ai pu raccrocher les wagons dans les vingt dernières pages.

 

Ce serait malhonnête de ma part de vous en proposer un résumé car il ne serait qu’un vulgaire collage de ce que j’ai pu lire à droite à gauche. Le plus logique serait de vous parler des protagonistes et là encore, difficile d’entrer dans les détails car Toni Morrison s’est plutôt montrée avare et réservée.

Dans la ferme de Jacob Van Aark, au milieu d’une nature hostile se mêlent les vies et les consciences de son épouse Rebekka – « importée » d’Angleterre –, Sorrow – rescapée d’un naufrage et simple d’esprit, Lina – une amérindienne, maîtresse bis du domaine, Florens – une enfant noire, paiement d’une dette – et Willard et Scully – deux hommes qui travaillent afin acheter leur liberté. Je conçois que ces personnages sont davantage des symboles des identités qui ont forgé l’Amérique et que Un don tend vers la métaphore de ce qu’était cette nation au XVIIe siècle mais Toni Morrison a, à mon sens, poussé trop loin l’abstraction, et la déconstruction narrative dessert son propos. Difficile de s’y retrouver dans les voies et les voix qui jalonnent les quelque 200 pages de ce roman. Je ne nie pas la beauté de la langue de Morrison et cette façon si particulière qu’elle a de mêler la violence originelle de l’homme avec un verbe d’une poésie qui touche parfois au sublime. C’est même ce pour quoi je me suis précipitée sur son neuvième roman, dans l’idée que j’y retrouverais la puissance de Beloved et que je ressentirais une fois encore cette ferveur à la fin d’Un don : ce sentiment unique qui vous prend lorsqu’un récit vous a transcendé et dont vous savez qu’il occupera désormais une place tout au fond de vous, qu’il ne vous lâchera plus. Peut-être l’attente était-elle trop grande ? Je l’ignore, mais ces deux déceptions littéraires si rapprochées me laissent perplexe.


 

Toni Morrison, Un don (A mercy), Christian Bourgeois Editeur, 2009, 192 p.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Lecture

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marieva 09/06/2009 14:12

La couverture du livre me plaît déjà beaucoup.

Gangoueus 01/06/2009 13:42

Bonjour,

Permettez de vous encourager à terminer cette ouvrage. Les 150 premières pages sont de bonnes factures avec une construction originale mais avec le sentiment qu'il s'agit plus d'un exercice de style. Mais les 40 dernières pages sont magnifiques et apportent un éclairage intéressant à un point important de ce roman.

@ bientôt

Jenny Grumpy 07/06/2009 18:08



J'ai terminé ce roman car Toni Morrison fait partie des auteurs que je ne laisse pas au bord du chemin. Malheureusement, j'ai été déçue car je n'ai pas été transportée comme je l'ai été avec ses
autres ouvrages. C'est en partie dûe à la structure déroutante du récit mais aussi par sa brièveté qui ne m'a pas permis de m'attacher aux personnages



M'Lire 27/05/2009 15:35

C'est toujours avec un immense plaisir que je me délecte des chroniques de Melle Jenny Grumpy. La fougue et la sincérité qu'elle met dans son écriture fait culminer son âme vers des sommets vertigineux...Bravo

Une lectrice