Oh vieillesse ennemie...

Publié le 12 Mai 2009

Lorsque je suis fatiguée, c’est quitte ou double. Ou bien je suis euphorique ou bien c’est gros passage à vide. La météo aidant, je suis plutôt dans l’option B

.

C’est en passant devant une maison de retraite que mon moral a flanché gravement. Il faut dire que l’institution en question a une vue imprenable sur les rails du RER. Non, je n’exagère pas : si les pensionnaires veulent prendre un thé sur la terrasse, ils peuvent tranquillement converser avec les voyageurs. C’est d’une tristesse cet environnement pour finir sa vie.

Mes pensées vagabondes m’ont alors ramenée quelques années en arrière lorsque ma mère a dû prendre la décision de « placer » ma grand-mère comme on dit. A l’époque, (je devais avoir 22 ou 23 ans), j’ai eu tendance à minimiser ses émotions face à ce terrible choix. Je lui disais qu’elle ne pouvait pas faire autrement, qu’elle travaillait encore, que ma grand-mère était Alzheimer et de moins en moins autonome, et que c’était là une solution rationnelle qui tranquilliserait tout le monde.

Et hier, allez savoir pourquoi, j’ai été submergé par la douleur, envahie par l’indicible souffrance que l’on ressent lorsque ses parents vieillissent : je me suis projetée. J’ai imaginé le jour où je serais peut-être confrontée à cette situation. Evidemment, c’était d’autant plus pénible que ma mère est encore jeune et en pleine forme et que faire un bond de 25 ans en avant n’est pas si aisé. Qu’importe, j’ai eu mal en repensant à ce qu’elle avait dû ressentir : cet abandon forcé de son parent revient pour moi à fermer définitivement la parenthèse de l’enfance. Une telle décision est l’acte adulte par excellence : on fait un choix de vie pour l’autre comme l’ont fait nos parents quand nous étions mômes.

 

Il y a une part monstrueuse en moi qui espère que je n’aurais pas à faire quelque chose comme ça. Soit que ma mère ne serait pas atteinte d’une maladie dégénérative et mourrait de sa belle mort dans lit, soit qu’elle serait emportée par une quelconque maladie rapide. Je ne parle que de ma mère, car je n’ai plus mon père depuis plus de 4 ans (cancer foudroyant) et aussi parce qu’elle-même n’avait que sa mère depuis sa naissance.

C’est donc avec de telles pensées que je me débats dès le matin. Je vous avais prévenus : l’humeur est comme le temps aujourd’hui… grise.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Blues

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