Peurs

Publié le 1 Septembre 2015

Plus que la perte d’autonomie, l’invalidité, la dépendance, la décrépitude… Plus qu’Alzheimer, Parkinson, la polyarthrite ou l’ostéoporose, serait-ce la peur la plus grande menace de la vieillesse ? Et si en grandissant, en se confrontant aux épreuves, aux chagrins et aux déceptions, c’était à cet état affectif déplorable que nous étions fatalement destinés ?

“O peur, peur auguste et maternelle, peur sainte et salutaire, pénètre en moi, afin que j'évite ce qui pourrait me nuire”, écrivait Anatole France.

Il faut dire qu’elle sait se parer de ses plus beaux atours. Elle rassure, elle conforte, elle t’enveloppe d’une douce torpeur, elle te berce. Insidieusement, elle t’anesthésie. Elle détruit implacablement tes mécanismes de survie, asphyxie tes instincts. Caméléon, elle s’immisce dans la moindre faille et calfeutre tes fêlures.

Alors tout est prétexte à revêtir ta cuirasse. Tu n’as plus peur, tu es la peur, tu l’incarnes. Peur. De t’engager. De quitter. De déménager. De changer de boulot. De voyager. De commettre des erreurs. De faire confiance. De croire en l’autre. De te livrer. De forcer le destin. De t’abandonner. De mal les élever. De les surprotéger. De découvrir. De pardonner. De perdre ta dignité. De mettre ton cœur à nu. De dévoiler tes rêves. D’être ridicule. De t’investir. De sourire. De te tromper. D’être trahie. D’y croire. D’écrire. De te battre. D’avouer. D’aimer. De vivre…

A la reviviscence, tu préfères la sûreté de ta tanière, ta solitude.

Au gré de ta personnalité, elle empreinte différentes voies, mais souvent une addiction. Combien sommes-nous, solitaires, à y recourir ? La bouteille de rouge que tu te descends en une soirée, le travail dans lequel tu te fonds, les séries débiles que tu ingurgites, les bouquins que tu enchaînes, les footings que tu multiplies, les clopes que tu écrases, les soirées dans lesquelles tu t’oublies, le quotidien que tu assures machinalement, cette disponibilité derrière laquelle tu dissimules ta tristesse…

Tu mesures que cela te mène à ta perte. Mais la jolie voix qui te murmurait qu’il y avait des choses qui valaient la peine s’est tue. Il y a cette autre qui martèle "A quoi bon ?". Et dans tes moments de faiblesse, tu te souviens à quel point cela fait mal, alors tu abandonnes.

Le regretteras-tu sur ton lit de mort de ne pas avoir tout tenté ? De ne pas avoir laissé tomber ton orgueil ? De ne pas avoir affronté les obstacles pour tes évidences ? Peut-être. Mais seule, tu n’as pas la force de livrer le combat.

Rédigé par Jenn Jenn

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