Fragilité(s)

Publié le 31 Août 2015

Fragile, c’est ainsi que tu abordes cette rentrée. Une fragilité intrinsèque, tu le sais bien. Rappelle-toi ce pote qui t’avait dit que c’est précisément ce trait de personnalité qui te rend attachante, sans pour autant qu’il génère une envie de te protéger. Ta fragilité est ta pire ennemie et ta meilleure arme parce que tu la refuses, tu t’en défends et tu la brandis comme un bouclier contre lequel les meilleures intentions pourraient venir se fracasser.

C’est avec toute l’incertitude qui te caractérise que tu as tenté de poser de nouvelles bases… encore. Décidément, tes derniers mois de septembre ne se ressemblent pas. Tu ne peux compter sur aucune constance : sur cinq ans, tu les as connus divorcée, effondrée, amoureuse, confiante, enthousiaste, enceinte, célibataire, trahie… A chaque fois, il t’a fallu reconstruire, expliquer, te justifier parfois…

Avec toujours ces quatre mirettes que tu crains de décevoir. Et 2015 n’a pas fait exception à la règle. Tu as dû affronter leurs questions, leurs déceptions. Les as-tu convaincus quand tu leur as dit qu’ils avaient été aimés malgré tout, qu’il n’y était pour rien. Ont-ils compris que l’au-revoir n’avait rien de systématique ? Que peuvent-ils intégrer de nos névroses d’adultes à la con ? Que comprennent-ils des peurs viscérales, des égoïsmes, des compromis, des engagements, des erreurs de jugement, des petites lâchetés ? T’en voudront-ils un jour d’avoir voulu les embarquer dans ton maudit fantasme de famille Ricorée ? Le petit d’homme aiguisera-t-il son sens du sarcasme comme seul moyen de défense ? La jolie môme persistera-t-elle à croire aux contes de fées ?

Il vous a fallu sécher vos larmes, ensemble, votre seule force, pudique mouton à trois pattes. Tu as renoncé à combler les interstices que tu avais creusées en eux : vous avez chacun pris acte des nouvelles cartes que vous aviez entre les mains, ou plutôt que vous n’aviez plus. Malgré leur jeune âge, il leur revient de se construire avec tes échecs, avec ce que tu leur enlèves. Depuis les retrouvailles, c’est avec une certaine indolence que vous avez solidarisé vos énergies. En douceur et patiemment, vous avez évolué côte à côte, pansant vos blessures intimes sans négliger celles de l’autre. C’est sûrement là ta plus belle réussite : cette cohésion silencieuse.

Rédigé par Jenn Jenn

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