Tu seras une Femme, ma fille

Publié le 31 Mars 2015

Je ne t’ai pas vu grandir ma môme. Où sont-elles tes boucles blondes que j’avais renoncé à démêler ? Ton visage poupin s’efface doucement pour laisser place à des traits de jolie gamine.

Il me reste tes étreintes aussi ardentes que farouches, tes cheveux collés sur ton front lorsque tu dors, ta maladresse lorsque tu te déplaces, ton indéfectible confiance en moi, ta main dans la mienne lorsque nous marchons… Mais déjà vient le temps des questions et inévitablement des déceptions.

J’aimerais aller contre ce courant qui estompe ton insouciance au profit d’une perfide inquiétude. J’aimerais parvenir à repousser cette ombre qui parfois plane au-dessus de nos conversations, lorsque tu parles de la mort, de la mienne surtout. Je me fous que cela soit normal à cet âge. Je te veux, pour quelques années encore, insouciante. J’aimerais que tu croies à cette famille que je tente de bricoler avec mes armes, mes émotions, mes erreurs, mon cœur, ma raison. J’aimerais que mes pas chancelants ne provoquent pas trop de ravages dans l’adulte et l’amoureuse que tu deviendras.

Tu seras une Femme, ma fille.

Tu n’es pas une mini-moi mais je vois déjà éclore en toi des traits de caractère qui pourraient t’emmurer : ton empathie, ton souci du regard des autres, ton avidité à rechercher l’attention, ton inclination à te faire pardonner pour des choses qui ne sont pas de ton ressort, ton goût des autres… Ton abyssal besoin d’être aimée, à n’importe quel prix.

C’est un peu à moi qu’il incombe que tu saches dompter cette magnifique personnalité pour que jamais personne n’en abuse.

Tu seras une Femme ma fille.

Lorsque je dépose le baiser du soir sur ton front et celui de ton frère, j’entends parfois dans ma tête cette phrase délicate que prononce Jacques Gamblin dans Le premier jour du reste de ta vie : "Vous regarder grandir, c'est le plus beau spectacle auquel j'ai assisté dans toute ma vie". Je l’éprouve quotidiennement. Et ces dernières semaines, lorsque nous rentrons chez nous, tu te poses calmement sur mon lit avec un livre sagement choisi et tu le lis consciencieusement à haute voix. C’est le nouveau rituel auquel tu ne déroges pas. Je ne t’ai pas vu grandir ma môme.

Je serais presque nostalgique de tes premiers mois. Lorsque je te vois, toi, ma dernière, tu provoques tant de questions en moi. Tant mieux que tu ne les soupçonnes pas. Tu éveilles en moi un tel paradoxe : renouveler l’expérience ou renoncer, au risque de ne pas faire aussi bien. Un jour, peut-être, la vie résoudra pour moi ce dilemme.

Mais dans quelques jours, lorsque tu souffleras la première salve de tes six bougies sans moi, je suis intimement persuadée que tu rayonneras car tu demeures la môme solaire.

Tu seras une Femme, ma fille.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

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