Lili

Publié le 25 Mars 2015

Les premiers temps, elle était fière Lili, persuadée d’avoir (enfin) gravi un nouvel échelon dans sa vie. A l’instar du Lego Harry Potter de ses moufs, de son Candy Crush ou du nébuleux Clash of Clan, elle s’était hissée au niveau suivant. Lili en avait accepté le tribut à payer : quelques nuits sans sommeil à entendre les rouages de son cerveau, des sempiternelles questions existentielles (ou creuses, question de point de vue) sans réponse, des consultations multiples, quelques euros dépensés de part et d’autre, des batailles avec elle(s)-même(s), de la patience….

Elle était devenue cette autre : plus adulte, plus sage, plus mesurée… Elle avait mis un terme aux épanchements collectifs voire communautaires. Elle avait réduit drastiquement le nombre de personnes devant lesquelles elle s’autorisait à pleurer .Elle était devenue plus taiseuse Lili. Et même si elle avait du mal à vivre cette vie, Lili, entre le silence et l’oubli, elle attendait son paradis… Lili…

C’était confortable pour elle. Elle n’avait plus à causer, plus à décortiquer, plus à affronter, plus à mettre à jour. Elle ne se demandait plus à qui se fier. Elle ne s’interrogeait plus, elle avait tellement cloisonné. "Cloisonnement", le maître-mot des forts… combiné à un soupçon de défiance. C’était donc ça le niveau supérieur. Sur quelques semaines, il n’y avait finalement rien d’insurmontable à avoir passé l’adulescence. Il y eut des soirées silencieuses submergées de larmes salées, des colères sourdes, des cris primaires sur le balcon, des défoulements musicaux, des injustices…. Une vie d’adulte en somme.

Lili trouvait ça plus facile… parfois… s’efforçait d’y croire… parfois… le plus souvent. Qu’on ne se méprenne pas, elle ne jugeait pas ceux qui menaient leur vie ainsi, ne les enviait pas non plus… Elle aurait même voulu y parvenir. S’en foutre. Moins réfléchir. Grandir peut-être. Renoncer parfois. Lili aurait voulu être autre, mais elle devait faire avec les cartes qui lui avaient été mises entre les mains, tout en s’efforçant de cheminer.

Tant de persévérance allait être récompensée. Et puis, il y eut le fusible. Celui de Lili était une… amie. Oserait-elle employer le terme ? Une jolie personne à n’en pas douter, qui lui narra (Lili est derrière ce clavier et se plaît à utiliser un vocabulaire "asensible") un épisode douloureux.

T’es con Lili… C’est ton amie…

Parce que tu avais beau avoir compartimenté, maturé… Tu restais disponible Lili. Disponible pour ceux qui comptent, disponible sans rien attendre en retour (joli tour de passe-passe, d’aucuns en conviendront…).

Et la belle personne, l’amie, parla, pleura…

Elle te bouleversa Lili parce que tu savais, tu comprenais, tu l’avais vécu… un peu. Tes yeux se mouillèrent Lili… Et pourtant, tu fus incapable de lui donner ce dont elle avait besoin. Ce que tu réclamais à corps à cris dans les "bad moods" comme tu dis. Tu fus incapable de lui donner. Tu fus incapable de la prendre dans tes bras, de faire fi de toute pudeur. Tu fus incapable de donner un peu de toi à l’autre. Pauvre petite fille riche…

T’es sûre de vouloir grandir Lili ?

Rédigé par Jenny Grumpy

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