Iratus

Publié le 11 Septembre 2014

T’a-t-elle submergé soudainement ou s’y est-elle prise sournoisement ? T’es-tu rendu compte qu’elle avait dévoré tout ton être, à tout le moins celui que tu avais été ? L’as-tu senti grignoter ton âme avec une infinie patience ? Ou t’a-t-elle englouti avec une brutalité inouïe ?

Je me la représente davantage comme une fourmi laborieuse qui aurait œuvré en silence, presque dans ton dos. Elle aurait d’abord pénétré ta chair jusqu’à s’enfoncer profondément dans ton épiderme et elle se serait alors répandue dans ton système vasculaire. Tel un cancer, elle aurait métastasé dans ton foie et tes poumons, au point de provoquer une asphyxie. As-tu souffert lorsque tu as arrêté de respirer par toi-même ? As-tu senti ton dernier souffle d’humanité te quitter ? Au-delà de mon amertume, j’espère que le passage fut indolore.

Le mal était fait : elle avait jeté l’ancre dans l’abîme de tes blessures secrètes et y resterait longtemps arrimée.

Un ami t’a-t-il fait remarquer que tu avais changé ? Que ton regard s’était assombri, que tes mâchoires étaient désormais serrées en permanence, tout comme tes poings ? Que ta tête se rentrait dans tes épaules, à moins que ce ne soient tes épaules qui se lèvent de hargne pour rejoindre ta tête ? Quelqu’un t’a-t-il dit que ton regard était désormais fuyant ? Que tu dégageais une aura vénéneuse ?

Mesures-tu seulement l’emprise de cette hydre sur toi ? Peux-tu évaluer les conséquences de ton attitude sur les êtres qui devraient t’être le plus cher ? Sais-tu que tu fais naître en eux une infâme culpabilité ? As-tu apprécié à quel point cela déterminerait les adultes qu’ils allaient devenir ? Toi qui as tant prêché qu’il fallait assumer les conséquences de ses actes, t’es-tu posé quelques minutes pour évaluer les dégâts que tu pouvais engendrer ?

Sais-tu de qui je parle ?

Atteindras-tu un jour ce niveau de conscience qui te permettra de percevoir que la colère t’a envahi ? Car c’est à elle que je m’adresse ; ce monstre qui s’est emparé de ta psyché ? Ta colère, ta colère, ta colère.

Je ne suis même plus capable de t’en vouloir, je te plains.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Blues

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