Un môme de 8 ans

Publié le 2 Juin 2014

Il est des discussions avec un gosse de 8 ans qui te mettent une claque, te font grandir, lèvent tes doutes.

Lorsque je suis dans le brouillard, je me sais capable de tout remettre en question, m’interroger sans fin sur l’erreur originelle. Laquelle était-ce ? Non pas celle qui a eu des impacts sur ma propre vie. La phrase de rupture sur la nécessité d’assumer les conséquences de mes actes résonnera toujours en moi. Je pourrais l’accrocher au-dessus de mon lit tant j’en ai fait un précepte, une ligne de conduite.

Mais quid de mes décisions sur mes moufs ? Partir, recommencer, persévérer, s’accrocher, présenter, se fâcher, sombrer… Quelles seront les répercussions de mes choix sur leur appréhension de la vie, des rapports humains ? Ce sont ces questions désormais qui peuvent me plonger dans un profond abîme de mélancolie, déchaîner des torrents de larmes silencieuses.

Le chemin sera long et escarpé pour la môme : elle commence à réaliser ce à quoi sa vie ne ressemblera pas, ce dont je l’ai peut-être privé. Elle, la solaire, s’obscurcit parfois. Elle implore son besoin d’exister, de se faire aimer. Elle quémande de l’attention, de la tendresse, des baisers. Son émotivité à fleur de peau ne l’aide pas. Pas encore. Mais il me suffit d’observer son grand frère, de voir ce qu’il en a fait pour recouvrer la confiance. Elle saura, nous saurons l’aider à en faire une force.

Les notes du Pierrot de Renaud bruissaient dans ma tête lors de notre conversation du soir. Le petit d’homme m’a étourdie… encore. J’avais déjà pu mesuré ce que tu avais fait de ta blessure si fraîche, de ton sentiment d’abandon. Tu te faisais drôle, sarcastique en l’évoquant. Je n’oserais dire cynique : tu es bien trop jeune. Et puis ce soir, tu as parlé de la confiance. Si naturellement… Tu as abordé le sujet spontanément entre tes trois desserts. Preuve que cela te travaille, que tu réfléchis. Tu es bien le fils de ta mère…

Tu m’as fait part de ton analyse, et le mot est sciemment choisi. Tu as vu clair dans le jeu d’un adulte. Tu as prononcé cette phrase terrible : "J’ai cru que je ne pourrais plus faire confiance à un grand." J’ai eu mal… une fraction de seconde. J’ai cru que ma plus grande crainte s’accomplissait. Tu étais blasé, déjà blasé. Revenu de la nature humaine. Alors tu as eu cette phrase merveilleuse : "Je me suis trompé." Et lorsque je t’ai interrogé sur ce que tu rendait si sûr que tu pouvais à nouveau croire en un autre, ta détermination m’a décontenancée. Je n’avais pas échoué avec toi.

Gamin, tu es tellement moins ravagé que nous autres. Tu n’es pas naïf mais pondéré. J’étais fière, tu ne peux pas imaginer. Pas de sentiment superbe de mère fusionnelle, non ! En une phrase, tu avais tant réparé. Je sais que ce n’est pas ton rôle, et peut-être que dans un monde idéal, tu aimerais le foot et les jeux vidéo. Mais ma trajectoire te façonne ; je suis émue du chemin que tu sembles emprunter petit d’homme.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Bébé-Enfant

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Christelle puis descube 03/06/2014 06:26

Comment dire... Que dire... Tu sais exprimer nos peurs secrètes...merci