Bertrand Cantat on stage

Publié le 6 Juin 2014

La salle retient son souffle en l’attendant. Il y a de l’électricité de l’air, de la fébrilité, mais pas d’irritation. De 20 à 60 piges, son public l’attend. Serein et fier d’être là, à la Cigale, une petite salle presque intimiste pour un concert de rock. Et puis les projecteurs s’allument. 20h30 : il est ponctuel. La classe ! Fut’ et tee-shirt noirs : sobre mais si charismatique dans son humilité. Un frisson descend le long de ma colonne vertébrale jusqu’à mes reins, le premier frisson…

Je l’attendais bouffi, marqué, ravagé. Il en est loin. Ses cheveux ébouriffés m’évoquent ce fameux portrait d’Arthur Rimbaud. Il a eu sa saison en enfer : Je n'ai jamais été de ce peuple-ci; je n'ai jamais été chrétien, je suis de la race qui chantait dans le supplice.

Il est tout en paradoxe. Son physique dégage de la juvénilité, une virilité presque animale, une douce impétuosité. Et il sourit… modestement. Son regard balaie l’assemblée : on dirait qu’il s’en imprègne, qu’il veut en graver chaque instant, chaque sensation, chaque respiration. Il en impressionne sa rétine, il les inscrit sur son âme.

Il baisse les yeux, sourit encore, porte la main à son cœur. Il ne nous salue pas. Il a raison ; on s’en fout. Tout est passé par le regard. Sa voix résonne… enfin. Un frisson descend le long de ma colonne vertébrale jusqu’à mes reins, le deuxième frisson…

Il ne nous parle toujours pas, malgré les salves d’applaudissements qui suivent chaque titre. Malgré les "on t’aime", "t’es un génie", "tu nous a manqué". Comme s’il était tendu, comme s’il doutait que c’est à lui et rien qu’à lui, que ces déclarations étaient adressées, comme si on allait les lui reprendre. Comme si son instant présent n’était qu’une réalité travestie. Il articule un merci, étouffé, presque inaudible. Pourtant sa voix n’a pas changé. A 50 piges, elle est intacte : profonde, rauque, fiévreuse.

Le phénix renaît de ses cendres. Un premier Noir Dez’. Un frisson descend le long de ma colonne vertébrale jusqu’à mes reins. Je vais arrêter de les compter.

Je suis fascinée : le sentiment de contempler un diamant brut, un diamant noir, rare. Il se fait mélancolique ou tourbillonne avec sa guitare. Il est dans le rock pur, presque dur, ou dans une délicatesse qui me serre la gorge. Il nous secoue, nous galvanise, nous bouleverse. On est désinvolte, on n’a l’air de rien.

Deux heures plus tard, je suis exaltée. Je m’endormirai avec les oreilles qui sifflent.

J’emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Merci Bertrand Cantat.

 

Rédigé par Jenny Grumpy

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